Sans-papiers : l’urgence

vendredi 19 octobre 2007, par Caroline Molino, FCPE 34


Ce qui se passe est grave. Il faut que cela se sache.

La dictature des quotas d’expulsions, imposés aux préfectures par le ministère de l’inhumanité, conduit à des situations qu’on croyait impossibles dans un pays civilisé : couples séparés, familles démembrées, parents et enfants arrêtés au petit matin, transportés sur des centaines de kilomètres pour être enfermés dans des centres de rétention puis expulsés vers des pays où personne ne les attend si ce n’est, pour certains, leurs bourreaux.

Les hommes disparaissent peu à peu derrière les chiffres.

La nouvelle loi sur l’immigration durcit encore les conditions déjà drastiques du regroupement familial. M. Sarkozy regrette le bon vieux temps de l’immigration purement de travail, où les entrepreneurs allaient choisir sur place une main d’œuvre docile et corvéable à merci, pour la parquer dans des cités de transit. Quitte à lui reprocher ensuite son défaut d’intégration. Les migrants redeviennent de simples outils pour l’économie. Ils perdent petit à petit leur statut et leurs droits d’êtres humains.

Pourquoi refuser un titre de séjour à des hommes et des femmes qui travaillent déjà (au noir) ou ont une formation pour la plupart dans des secteurs déficitaires : le bâtiment, la restauration, l’aide à la personne ? Pourquoi ne veut-on pas de ceux qui sont ici, souvent depuis de longues années, qui ont tissé dans ce pays des liens affectifs et sociaux, dont les enfants scolarisés parlent couramment notre langue ?

A quoi rime l’idée absurde d’exiger des migrants potentiels de connaître le français et les institutions avant de venir ? Pourquoi envoyons-nous nos propres enfants en voyage linguistique, sinon parce que nous savons bien que c’est sur place qu’on apprend vraiment une langue ?

On ne compte pas les mesures de la nouvelle loi et les pratiques préfectorales et policières qui semblent ne viser que l’humiliation des migrants, traités comme des hommes de seconde zone.

Les étrangers sont suspects. Soupçonnés a priori de mariage blanc, de fraude aux enfants, d’où les tests ADN dont l’utilisation est interdite pour les citoyens français, sauf pour les délinquants. L’opinion publique est insidieusement préparée à assimiler les étrangers aux délinquants.

Dans une interview au Journal l’Ardennais du 7 septembre 2007, un certain Franck Chaulet, directeur de cabinet de la préfète des Ardennes tient, probablement sans mesurer ce qu’il dit, un discours à faire frémir (http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article7989).

Selon lui, les 111 expulsions exigées pour son département par le ministre constituent « un objectif ambitieux ». On peine à en croire ses yeux ! Ainsi, ces dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants maltraités, arrêtés à l’aube, victimes de rafles au faciès, fouillés à poil dans les commissariats, menottés à chaque transfert, rudoyés, enfermés dans des centres de rétention crasseux, embarqués ligotés de la tête aux pieds et scotchés à leur siège d’avion seraient un « objectif ambitieux » ! « C’est la déclinaison locale de l’objectif national [25 000 expulsions] chaque département apporte sa contribution ». 111 vies bousillées, des dizaines d’enfants et de parents traumatisés à vie, l’humiliation du retour forcé vers un pays fui, la terreur pour certains. Il ajoute : « Ce chiffre est un ordre de grandeur, un indicateur comme nous en avons en terme de logement, chômage, sécurité routière ». Comment mieux dire le caractère démentiel de la politique conduite par ce gouvernement qui amène un haut fonctionnaire expérimenté à traiter de la vie des hommes dans les mêmes termes et de la même façon que du logement, du chômage ou de la sécurité routière.

En d’autres temps, on a parlé de « crimes de bureau » pour ces fonctionnaires qui planifiaient paisiblement la déportation de leurs semblables. On n’en est pas là, l’expulsion des sans papiers n’a aucune commune mesure avec les camps de la mort et Monsieur Chaulet n’est pas Eichmann. Mais quand même. Le doigt est mis dans un engrenage dangereux. Quand un haut fonctionnaire qui s’exprime devant la presse, occulte les êtres humains derrière des formules technocratiques, il est temps, plus que temps, de s’inquiéter.

Certains Préfets ont d’ores et déjà écrit aux Maires pour les « mettre en garde » contre toutes les initiatives de solidarité avec les sans papiers, comme les parrainages, qu’ils pourraient soutenir sur le territoire de leur commune.

L’inspection académique (IA) du Haut-Rhin, a demandé à quelque 850 directeurs d’écoles élémentaires de recenser les élèves sans-papiers, suscitant un véritable tollé dans le milieu enseignant.

Ecoutons Etienne Pinte, pourtant Député UMP (QUOTIDIEN : jeudi 20 septembre 2007)

« Tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces enfants ne sont ni des quotas, ni des marchandises, ni des chiffres. Nous avons bénéficié de leur richesse quand nous étions chez eux à l’époque de la colonisation. Nous avons été très contents de les faire venir dans notre pays pour travailler dans nos mines et dans nos usines. Nous sommes très heureux de les avoir à nos côtés dans les services à la personne pour s’occuper de nos jeunes enfants et de nos personnes âgées. Nous leur sommes très reconnaissants, même si cette gratitude ne s’est pas exprimée comme elle aurait dû l’être, quand ils nous ont aidés à nous libérer et qu’ils ont versé leur sang pour nous. Notre dette est immense à leur égard. Notre image de liberté, d’ouverture, de tolérance qui imprègne tous les peuples de la terre ne doit pas se ternir parce que nous ne savons pas traiter avec intelligence et humanisme l’accueil de l’autre. Quelles que soient nos convictions, nous pouvons nous retrouver autour de la parole qui traverse les temps : « J’étais un étranger, et tu m’as accueilli. »

Ne laissons pas s’installer l’idée qu’il existe différentes catégories d’êtres humains : ceux qui ont droit au respect de leur vie privée et familiale, droit à l’éducation, à la santé, droit de circulation et ceux qui n’en ont aucun.

Ne laissons pas commettre des horreurs en notre nom.

Caroline MOLINO


URGENCE Sans papiers

Le RESF 34 cherche à développer un réseau de référents dans les écoles, les collèges, les lycées du département. Le référent est un contact dans l’établissement, parent d’élève ou enseignant, qui fait la liaison avec le RESF.

Avec le conseil local FCPE, il peut afficher ses coordonnées dans l’établissement pour que les familles ayant un problème de titre de séjour puissent le contacter. Il peut adresser ces derniers à l’accueil juridique du RESF pour une analyse de leur situation et un soutien.
Il communique ses coordonnées au RESF, pour que être informé lorsqu’une mobilisation locale est nécessaire pour un élève ou une famille qui a été reçue par l’accueil juridique (attestations, pétitions, comité de soutien...etc)

Merci de vous faire connaître auprès de

Caroline MOLINO 04 67 03 41 81

c.molino@magic.fr

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