vendredi 5 janvier 2007, par
Membres à part entière de la communauté éducative(1), les parents ont, en matière d’accompagnement et de transmission scolaire, un rôle particulier à jouer. Redéfinie l’été dernier par un décret(2), cette participation active s’appuie notamment sur une revalorisation des actions des associations de parents d’élèves.
Mise à disposition de boîtes aux lettres et de panneaux d’affichage(3), accès à la liste des parents d’élèves, autorisation de diffuser et de distribuer des documents dans le cadre scolaire(4)… Les droits désormais reconnus aux associations de parents d’élèves, grâce au décret du 28 juillet 2006, officialisent l’accès de ces dernières à un ensemble de moyens matériels d’action. Ces facilités de communication sont attribuées aux associations définies comme « regroupant exclusivement des parents d’élèves, auxquels sont assimilées les personnes ayant la responsabilité légale d’un ou plusieurs élèves, et ayant pour objet la défense des intérêts moraux et matériels communs aux parents d’élèves ». Ainsi différentes catégories d’organisations, y compris celles ne possédant pas d’élus dans les instances de l’établissement,(5) sont concernées. A savoir : les associations représentées au conseil d’école ou au conseil d’administration des EPLE, les associations représentées dans les conseils académiques (CAEN) ou dans les conseils départementaux de l’éducation nationale (CDEN) et les fédérations représentées au Conseil supérieur de l’éducation (CSE).
Favoriser la coéducation
« En reconnaissant officiellement le droit d’expression des associations de parents d’élèves et des fédérations, cette réglementation a le mérite de contribuer à l’harmonisation d’un certain nombre de pratiques », commente Faride Hamana, président de la FCPE (voir encadré) et secrétaire général du centre européen des parents d’élèves de l’école publique (CEPEP). « Informer et former l’ensemble des parents d’élèves sur le fonctionnement réel d’une école, d’un établissement, de l’institution, sur leurs droits et sur ceux de leurs enfants est l’une des missions essentielles des associations. C’est pourquoi elles ont un rôle capital à jouer dès la maternelle. Certes, elles permettent de financer des sorties scolaires et d’améliorer le quotidien des élèves(6), d’aider au fonctionnement matériel des collèges et des lycées(7), mais aussi et surtout, de mener une réflexion approfondie sur l’enfant et le système éducatif ». Apprentissage de la lecture, nutrition, sommeil, devoirs à la maison, rythme scolaire, procédures d’orientation, filières, coût de la scolarité… Pour Faride Hamana, les thèmes nécessitant d’être débattus et commentés dans les écoles, les collèges et les lycées en présence des parents ne manquent pas. « Les associations doivent pouvoir intervenir dans une double dimension individuelle et collective et agir en faveur d’une réelle coéducation partagée entre les familles et l’école ».
Collective, pas politique
« Nous ne sommes pas là pour expliquer aux parents ce que l’éducation nationale va, ou doit, apprendre aux enfants mais pour rappeler aux personnels de l’institution qu’ils se doivent d’informer les familles ! », souligne de son côté Jean-François Le Helloco, vice-président de la PEEP (voir encadré). « Avec ce décret qui, par définition nous pouvons désormais remplir plus largement notre rôle de médiateur et défendre les intérêts des enfants au sein du monde éducatif à plus grande échelle ». Les associations de parents d’élèves peuvent ainsi être conduites à participer aux commissions d’appel et d’affectation, aux commissions académiques de discipline etc. « Le contact des familles avec l’école évolue au fil de la scolarité : en maternelle, on parle avec la maîtresse, au lycée, on regarde les notes », schématise sciemment Jean-François Le Helloco. Et de conclure : « Pour savoir, pour se faire entendre, il est important que les parents (en difficulté avec leurs enfants ou non) sachent qu’ils peuvent à tout moment faire appel aux associations qui, à l’image de la PEEP, œuvrent dans le cadre d’une fédération d’idées et dans une totale indépendance politique, syndicale et religieuse ».
Pour en savoir plus
(1) Article L 111-4 du code de l’éducation
(2) Décret n° 2006-935 du 28 juillet 2006 relatif aux parents d’élèves, aux associations de parents d’élèves et aux représentants des parents d’élèves et circulaire n° 2006-137 du 25-8-2006 sur le rôle et la place des parents à l’école, voir le B.O. n°31 du 31 août 2006.
(3) Dans un lieu « accessible aux parents », article D. 111-8. du décret
(4) « les documents remis par les associations sont distribués aux élèves pour être donnés à leurs parents au fur et à mesure de leur remise », article D. 111-9 du décret
(5) Les associations familiales, amicales municipales et groupements de parents non constitués en association ne peuvent pas prétendre à ces droits.
(6) En collectant des fonds par le biais d’activités présentant un intérêt particulier pour les élèves et leurs familles : kermesses, lotos, bourses aux vêtements…
(7) Les associations peuvent organiser certains services comme des prêts et bourses de livres ou de fournitures…
Les représentants des parents d’élèves élus au conseil d’école(1) et au conseil d’administration(2) sont des éléments clés dans le dialogue familles - établissement. Leur participation à ces instances délibératives les autorise à accéder aux différents documents scolaires et à remplir une mission de médiation.
« Tout parent d’élève, membre ou non d’une association de parents d’élèves, peut présenter une liste de candidats aux élections des représentants des parents d’élèves au conseil d’école ou au conseil d’administration des établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) ». Si la récente circulaire(3) définissant le rôle et la place des parents à l’école tend clairement à favoriser la candidature et la participation des familles aux élections de leurs représentants, elle adopte également de nouvelles mesures visant à faciliter l’exercice de leur mandat. « Les réunions des conseils d’école, des conseils d’administration, des conseils de classe et des conseils de discipline sont fixées de manière à permettre la représentation des parents d’élèves, c’est-à-dire en prenant en compte leurs contraintes, notamment professionnelles », mentionne notamment le texte officiel qui vise ainsi à favoriser « la venue du plus grand nombre ».
Quelles instances, quels rôles ?
Si, dans le premier degré, la mission des représentants élus se « limite » à une participation active aux réunions du conseil d’école, celle de ceux membres du conseil d’administration des établissements du second degré se poursuit au sein des commissions permanentes, des conseils de discipline et des conseils de classe. Concernant cette dernière instance, il revient au chef d’établissement de nommer les délégués des parents d’élèves qui y siègeront pour l’année, en fonction de la liste proposée par les représentants élus. Pour la présidente de l’UNAAPE(4), Béatrice Chesnel, le rôle des parents dans ces différents organes décisionnels est, dans tous les cas, « d’apporter une vision extérieure et représentative de celle de la majorité des parents, au sein de l’école ou de l’établissement. Les représentants élus sont là pour défendre les droits et les intérêts des élèves avec un regard autre que celui des personnels de l’école ou de l’établissement. Parce qu’ils sont issus d’univers professionnels variés, les parents ont, bien souvent, une vision tout à fait différente, souvent éclairante, sur des sujets comme les stages en entreprises, la prévention des conduites addictives, les problèmes d’hygiène et bien d’autres thèmes récurrents en milieu scolaire ».
Des élections mieux préparées
« Ce décret ouvre incontestablement la porte des écoles et des établissements aux parents », poursuit la présidente de l’UNAAPE. « Il va dans le sens d’une plus grande collaboration entre les parents et le corps enseignant, notamment en codifiant (enfin) le déroulement des élections dont le respect des délais et la communication des listes étaient, jusque-là, souvent fantaisistes… » En effet, depuis la rentrée dernière, la date du scrutin(5) pour les élections des parents représentants aux conseils d’école et d’administration est imposée par le ministère. De plus, à l’image des associations(6) représentées dans les CSE, CAEN ou CDEN, les responsables des listes de candidatures ont la possibilité de prendre connaissance des coordonnées de l’ensemble des parents d’élèves (sous réserve de leur accord) pendant les quatre semaines précédant les élections. Une fois élus, les parents sont bel et bien membres des instances participatives. À ce titre, ils doivent pouvoir disposer des informations (relatives aux résultats scolaires comme à la vie de l’établissement) nécessaires à l’exercice de leur mandat et rendre compte des travaux des différentes instances dans lesquelles ils ont une voix délibérative. « Désormais, l’on ne pourra plus refuser à des représentants élus de siéger. En cas de litige, les rectorats et les inspections académiques sont là pour appuyer les parents », insiste Béatrice Chesnel.
Tenus à une obligation de confidentialité, à l’image des autres personnels des écoles et établissements, les représentants des parents d’élèves sont également censés faciliter « les relations entre les parents d’élèves et les personnels ». En leur attribuant le droit d’« intervenir auprès des directeurs d’école ou des chefs d’établissement pour évoquer un problème particulier et assurer ainsi une médiation à la demande d’un ou des parents concernés », le décret entérine le statut des parents représentants.
Une participation en baisse
L’évolution des taux de participation des parents d’élèves aux élections de leurs représentants depuis 1991 montre une baisse significative et générale, depuis six ans. Dans le primaire, après une hausse régulière de 1991-1992 à 1999-2000 où elle atteint 51,23%, cette participation tombe à 43,71% en 2005-2006 (sur 81,8% des écoles). Idem dans le secondaire, où elle passe de 33% en 1999-2000 à 26,72% en 2005-2006. (Chiffres : DGESCO B3, ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche).
(1) Dans les écoles maternelles et élémentaires
(2) Dans les établissements scolaires du second degré
(3) Circulaire n° 2006-137 du 25-8-2006 et décret n° 2006-935 du 28 juillet 2006, voir le BO n°31 du 31 août 2006
(4) Union nationale des associations autonomes de parents d’élèves
(5) L’élection annuelle des représentants des parents d’élèves a lieu au scrutin de liste. Chaque liste doit comporter au minimum deux candidats et au maximum le double du nombre de sièges à pourvoir. Dans le primaire, ce nombre est égal au nombre de classes dans l’école, dans le secondaire, il varie de 5 à 7 selon l’établissement. Le vote peut se faire par correspondance jusqu’au jour du scrutin. Chaque parent d’un enfant est électeur et éligible.
(6) Voir l’article 1/5 de ce hors-série « associations de parents d’élèves : un rôle à conforter »
Directrice de l’école maternelle Sonia Delaunay à Essey-lès-Nancy (Meurthe et Moselle), Marie-Rose Cornu fait de l’accueil des familles une priorité. Depuis plus de trois ans, elle mène un projet d’école expérimental(1) visant à faciliter les relations avec les parents en faisant d’eux des « transmetteurs de savoirs ».
Sur quoi repose ce projet ?
Soigner l’accueil des parents tout au long de l’année scolaire et créer un climat de confiance entre les familles et l’école ont toujours été, pour moi, des façons d’éviter les malentendus. Au fil des ans, cette volonté de transparence a pris corps pour devenir un véritable projet d’école ancré dans une lutte globale contre l’échec scolaire. Parmi les éléments susceptibles de favoriser les apprentissages en maternelle, l’autorisation de s’épanouir en classe, donnée de manière inconsciente par les parents, est déterminante. Il nous est donc apparu capital de restaurer la confiance perdue en l’école de ces pères et de ces mères stigmatisés par leur propre scolarité. Ainsi notre projet, basé sur une reconnaissance mutuelle des rôles des parents et des enseignants, s’appuie-t-il sur un double postulat : aucun parent ne se désintéresse de la scolarité de son enfant et tous les enfants peuvent apprendre.
Concrètement, en quoi consiste-t-il ?
Il comporte deux volets : l’accueil et les interventions. Tous les ans, en juin, au moment de la première inscription, nous invitons les parents à visiter l’école avec leur enfant et à passer, ensemble, quelques heures dans la classe. Le jour de la rentrée, les familles des nouveaux arrivants sont conviées à rester avec nous toute la journée. Dès le mois d’octobre, les parents assistent aux matinées de classe, à tour de rôle et tous y participent. Nous filmons, prenons des photos, racontons, écrivons dans le cahier de vie… Tout adulte sait ce que son enfant fait, apprend et vit en classe. Toute l’année durant, nous recevons les parents de 8h20 à 8h45 pour dialoguer un petit moment avec chacun tandis que les enfants sont en ateliers libres dans la classe. En marge de cet accueil quotidien et ritualisé dans toutes les classes, nous demandons aux familles de bien vouloir intervenir à l’école afin de nous présenter un métier, une passion, un savoir-faire… Dans l’année, nous organisons ainsi une vingtaine de séances(2) lors desquelles un père, une mère, un oncle, un grand-père (…) vient nous expliquer comment peindre un mur, conduire un 36 tonnes, monter un bas de ligne, dessiner un portrait… En retour, certains nous invitent à aller découvrir leur lieu de travail avec les enfants. Nous sommes toujours surpris de voir combien les parents s’investissent dans l’organisation de ces visites qui comportent très souvent des ateliers pratiques spécialement pensés pour nous.
Quels changements avez-vous constatés dans l’attitude des familles et des enfants ?
Grâce à ce « partenariat », les parents comprennent mieux la réalité de notre travail et nous leurs conditions de vie. Du coup, ils arrivent à l’école à l’heure avec leurs enfants, préviennent en cas d’absence. Nous-mêmes sommes plus compréhensifs… Le respect est mutuel. À la grande surprise des parents, parfois réticents à intervenir en classe, l’échange est toujours fructueux. Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour juger des bénéfices de l’expérience en termes de résultats scolaires(3) mais les progrès des élèves, notamment en matière de langage, sont au-delà de nos espérances. Il suffit qu’un parent prenne la parole en classe pour que son enfant s’autorise à le faire. Ces interventions jouent un rôle de déclencheur. C’est pour cela que nous donnons priorité aux familles « sensibles » dont les enfants sont les plus en retrait au niveau langagier. Le vécu collectif que nous construisons jour après jour avec l’aide des parents, le langage de connivence qui naît dans l’école, nous permettent à nous, enseignants, de travailler les contenus disciplinaires en continuité avec cette culture commune.
Quels sont les enjeux de cette expérience ?
Le dialogue constant avec les parents permet d’élaborer des règles de vie école/maison qui ne se contredisent pas, ce qui est fondamental si l’on veut que les enfants se réapproprient ces principes. Cette forme d’implication permet en outre de redonner aux savoir-faire une importance non feinte qui vient appuyer les autres enseignements et réhabiliter le travail à l’école. Les familles entières, quel que soit leur « profil »(4), sortent valorisées de cette expérience. Les témoignages filmés et enregistrés par le chercheur qui nous accompagne le prouvent. Enfin, les craintes des enseignants à l’égard des familles disparaissent à mesure que celle des parents s’estompent… Bref, ces nouveaux types de liens sont, je crois, un atout pour une meilleure compréhension du rôle de chaque partenaire dans la réussite de tous les élèves.
Qu’exige ce type d’échanges ?
Si, dans l’absolu, ces échanges peuvent être généralisés à nombres d’écoles et d’établissements(5), ils demandent une grande stabilité des équipes pédagogiques, une formation des personnels adaptée et, dans l’idéal, l’accompagnement d’un spécialiste. Ils nécessitent en outre que les enseignants n’aient peur ni de « montrer » ni de recevoir, acceptent de combattre le discours ambiant sur l’inégalité des chances et s’engagent dans un véritable travail sur la question de la réussite de tous les élèves quel que soit le milieu social d’origine…
(1) Avec l’aide de Manuel Rodrigues Martins, psychologue, psychanalyste, maître de conférence en sciences de l’éducation à l’IUFM de Lorraine (auteur de nombreux travaux de recherche sur le lien école/familles), l’appui de l’inspecteur d’académie et le soutien de la municipalité d’Essey-lès-Nancy.
(2) Chaque séance dure entre 30 et 45 minutes. Le projet qui s’étend sur trois ans permet à chaque famille (l’école en compte environ 70) d’intervenir.
(3) Il faudrait pour cela que l’expérience se poursuive jusqu’aux évaluations du cours élémentaire.
(4) Cette école accueille des enfants issus de familles populaires et de classes moyennes.
(5) Suite aux diverses conférences et interventions menées par les instigateurs de cette expérience en lien avec les structures de parentalité du département de Meurthe et Moselle et le conseil général, une dizaine d’écoles de la circonscription de Lunéville est entrée dans un projet de partenariat école/familles.
« Élément déterminant dans l’accomplissement de la mission confiée au service public de l’éducation »(1), le renfort du dialogue parents/enseignants s’impose comme une nécessité. Réunions d’information, remises des bulletins, rencontres individuelles… Il convient de diversifier et de multiplier les échanges.
Il est des samedis matins où l’école élémentaire Hoche, à Colombes (Hauts-de-Seine), accueille un public plus âgé qu’à l’accoutumée… C’est un rituel : à la fin de chaque période(2) les enfants de CE1 invitent leurs parents à s’asseoir sur leurs petites chaises d’écoliers et à les écouter présenter, à leur façon, le travail accompli au fil des semaines précédentes. Pour Sophie Vallée, l’une des deux enseignantes à l’origine du projet, ce petit rendez-vous d’une heure vaut bien plus qu’une longue réunion. Elle explique : « il s’agit pour les élèves de prendre la parole depuis mon bureau et de réaliser, devant l’ensemble des parents, leur propre bilan de compétences. Pas question d’élaborer un spectacle ni de présenter un »produit parfait« mais simplement de montrer comment on lit, on calcule, on aborde la grammaire… Bref, comment on travaille en classe ». Plus ludique qu’une réunion d’information traditionnelle, moins angoissante qu’une convocation individuelle et toujours valorisante pour les familles, « l’heure des parents » permet aux adultes de voir le matériel pédagogique, de comprendre les méthodes utilisées et, au final, de partager des « références communes » avec l’enseignante.
Accueil et information
« Ce moment privilégié est pour moi l’occasion de rencontrer tous les parents. En particulier ceux qui ne sont pas disponibles en semaine pour venir me parler à la fin de la classe ou pour s’impliquer dans la vie scolaire comme nous les invitons parallèlement à le faire(3). Et d’aborder de manière détendue, par le biais des petits exercices présentés par les enfants, toutes ces questions sur les contenus des programmes, les pratiques d’évaluations, les devoirs à la maison, les méthodes de travail (…) qui empoisonnent bien souvent les rapports entre les familles et l’école ».
L’initiative prise en septembre dernier par cette enseignante de primaire(4) s’accorde avec l’esprit des recommandations établies conjointement par l’Inspection générale de l’éducation nationale et l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche dans le cadre d’un récent rapport sur « La place et le rôle des parents dans l’école » (voir encadré). Ce document, qui prône la mise en œuvre d’une politique d’accueil et d’information des parents dans tous les établissements scolaires, pointe du doigt les tensions fréquentes entre enseignants et parents d’élèves, revenant notamment sur les notions de « démission parentale » et de « consumérisme scolaire », toile de fond récurrente des oppositions.
Coopération et formation
Insistant sur la nécessité de « restaurer les conditions d’un dialogue apaisé », le rapport dressé par les inspecteurs généraux du ministère souligne le rôle des chefs d’établissement qui « apparaît essentiel à cet égard : ils sont en effet à même de préparer les conditions d’une réflexion sur le climat de l’établissement, de proposer des objets communs de travail, de coopération et d’implication de parents et des enseignants ». Outre l’organisation des deux réunions parents-professeurs annuelles obligatoires(5), les directeurs d’école et chefs d’établissement du second degré sont invités à prendre les mesures nécessaires pour informer les parents (remise des livrets et des bulletins scolaires en main propre, organisation de soirées thématiques, publication de bulletins d’informations périodiques, initiation des parents aux nouvelles technologies, formation aux réalités de l’orientation scolaire…) et à encourager leur coopération dans le domaine scolaire comme dans le domaine éducatif (sorties pédagogiques, activités intra-muros, opérations petits déjeuners…). Soulignant l’urgence de « faire prévaloir, dans les relations parents/école, une culture du dialogue et du débat », le rapport ministériel insiste en outre sur la nécessité d’inscrire la relation aux parents dans la formation initiale et continue des personnels et particulièrement des enseignants. Et de souhaiter la généralisation de cette formation(6) de manière à permettre aux enseignants « d’éviter les malentendus et de lier avec les parents de leurs élèves un dialogue sans ambiguïté, sans agressivité ni crainte, de part et d’autre ».
Un rapport, des propositions
Décider de lieux d’accueil, formaliser les réunions d’information, faire des efforts de communication, régulariser le dialogue parents-professeurs, développer de la médiation interne… Les propositions contenues dans le rapport n°2006-057 traitant de « La place et le rôle des parents dans l’école » (octobre 2006) par l’Inspection générale de l’Education nationale et l’inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche visent à harmoniser encore davantage la collaboration entre l’école et la famille sans pour autant « encourager la confusion des missions respectives de l’école et de la famille ». Autant de pistes à creuser et de préconisations à mettre en application.
(1) « En effet, la régularité et la qualité des relations construites avec les parents constituent un élément déterminant dans l’accomplissement de la mission confiée au service public de l’éducation. L’obligation faite à l’État de garantir l’action éducative des familles requiert de soutenir et renforcer le partenariat nécessaire entre l’institution scolaire et les parents d’élèves, légalement responsables de l’éducation de leurs enfants ». Circulaire n° 2006-137 du 25-8-2006 sur le rôle et la place des parents à l’école, au BO n°31 du 31 août 2006
(2) Soit cinq fois par an en primaire
(3) Une fois par semaine, des parents d’élèves volontaires ont la possibilité de s’impliquer dans la vie de la classe en encadrant des séances de « lecture plaisir » (surveillance par demi groupe, soit 2 parents pour 12 enfants) dans la bibliothèque de l’école
(4) Comme nombre d’autres projets de « parentalité » menés dans diverses écoles et divers établissements du second degré
(5) Fixées comme un minima par la circulaire d’application précitée
(6) Des modules existent déjà dans certains IUFM
On les dit trop présents, inquisiteurs, demandeurs. Leur attitude est jugée intrusive, insistante, consumériste. À l’opposé de ceux que « l’on ne voit jamais », certains parents d’élèves ont une proximité excessive avec l’école. Souvent contraires aux principes de co-éducation, ces relations entravent la tâche des enseignants.
C’est, pour les uns, une histoire de goûter écrasé, de matériel perdu, de vêtements salis, de défaut de surveillance, de devoirs à la maison trop (ou trop peu) conséquents, de méthode discutable, de programme pas fini, d’évaluation arbitraire, de punition non méritée… C’est, pour les autres, un problème de manque de confiance, de suspicion manifeste, d’ambition exacerbée et de déni du groupe. C’est, pour tous, un cas typique de confusion des genres, de malentendus accumulés avec, comme conséquence immédiate, des élèves pris en étau entre deux autorités désaccordées.
Des partenaires, pas des pédagogues
« Maintenant, la classe commence ! » articule bien fort Muriel H. dans un grand clap de mains avant de refermer la porte sur les énièmes bisous - bisous des parents retardataires. Dans la classe de maternelle où elle effectue son stage filé(1), cette PE2(2) de 35 ans, ancienne journaliste de terrain, ne se laisse pas impressionner par les mines inquiètes de certains adultes. « Je passe beaucoup de temps à écouter les familles me raconter comment vont leurs enfants. Ce sont des éléments importants qui m’aident à comprendre le comportement des élèves et m’évitent bien des erreurs d’appréciation. Ce dialogue rituel est une mise en confiance indispensable dans le partenariat école/familles. Mais les parents doivent savoir quitter la classe quand je le demande afin de permettre à leurs enfants de se recentrer sur eux-mêmes et à moi d’enseigner l’esprit libre », explique la jeune femme. « Des collègues me parlent de parents qui accompagnent leurs petits après l’heure de la fermeture et s’incrustent dans les classes jusqu’à des heures indues, parfois en essayant de se cacher ! En primaire, il est également fréquent de voir des adultes arriver quinze minutes avant la sortie et se coller au grillage de la cour de récré pour regarder leurs enfants. Ces derniers font les pires bêtises et notre réaction est jugée en direct… Je crois que c’est alors au directeur d’école de recadrer les choses et de discuter d’une règle en conseil d’école avec les représentants des parents ». Lors d’un stage groupé de trois semaines dans une classe de CP-CE1, l’enseignante reconnaît avoir reçu la visite de plusieurs parents d’élèves : « ils voulaient que je donne du travail supplémentaire à leurs enfants. De son côté, une de mes collègues a reçu une lettre d’un parent l’informant qu’il se sentait obligé de faire écrire lui-même des dictées complémentaires à son fils pour que ce dernier ne prenne pas de retard dans sa scolarité ! Une autre encore, qui abordait le Coran dans le cadre d’un cours de CM2 sur les croisades, a vu son travail contesté par un parent dans le cahier de liaison… Ce à quoi elle a répondu en photocopiant le contenu des programmes. Précisément, ne pourrait-on pas réfléchir à des versions des programmes expliqués aux parents ? », interroge le professeur stagiaire.
Agression verbale et discrédit public
« D’abord, votre métier, moi aussi je pourrais le faire et bien mieux que vous ! » Autre lieu, autre exemple. Enseignante en moyenne section de maternelle dans une petite école de la campagne girondine, Sophie B. n’a pu qu’écouter, abasourdie, les propos diffamants proférés par une grand-mère à son encontre devant un ensemble de parents et d’enfants présents dans la cour. « Cette agression verbale longue et douloureuse est venue en réponse à un événement anodin, survenu quelques heures plus tôt », raconte l’enseignante expérimentée. « Je conduisais mes élèves à la BCD(3) de l’école quand l’un des enfants a percuté un poteau sous le préau. La grand-mère du garçonnet, présente au grillage de l’école, a assisté à la scène. L’apercevant et ayant l’habitude de discuter librement avec elle, j’ai cru bon de la rassurer, de loin, sur l’état de son petit-fils qui n’avait vraiment rien d’alarmant. Au lieu de l’apaiser, ma réaction l’a mise hors d’elle. Elle a ruminé sa colère, jugé mon attitude l’après-midi durant, avant de se délester sur moi, dans un total manque de respect et une hargne que je ne lui connaissais pas ». Habituée à gérer dans le calme et par le dialogue « l’insistance » de certains parents d’élèves, Sophie B. a été choquée par cet épisode qu’elle considère aujourd’hui comme « un abus de pouvoir d’une grand-mère surinvestie ». Malgré tout, l’enseignante attentive et prévenante continuera à permettre aux familles d’entrer dans sa classe, d’entretenir le dialogue coûte que coûte… « Bref, conclue-t-elle, à faire ce qui normalement suffit à éviter ce genre de situation aussi néfaste pour les enfants, pour l’école que pour l’enseignant ».
(1) Mis en place à la rentrée 2206, le stage filé des élèves professeurs (PE2) s’organise sur toute l’année scolaire, dans une même école et une même classe à raison d’un jour par semaine. Voir le BO n°31 du 31 août 2006.
(2) Professeur des écoles stagiaire inscrit en seconde année d’IUFM.
(3) Bibliothèque et Centre de Documentation