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Recommandations du Haut Conseil de l’Education pour la formation des Maîtres

Recommandations remises au Ministre le 31 octobre

vendredi 3 novembre 2006, par FCPE 34


Conformément à la Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’Ecole du 23 avril 2005, chacun des 31 Instituts universitaires de formation des maîtres sera intégré à une université et assimilé à une école en faisant partie. Cette réforme implique des changements d’ordre statutaire et budgétaire, ainsi qu’une autre gouvernance. La formation des maîtres elle-même doit être fixée par un cahier des charges pour lequel le présent document formule des recommandations, en tenant compte notamment des exigences du socle commun.

L’enjeu est d’autant plus important que, pendant au moins dix ans, le pays recrutera de 30 à 40 000 nouveaux enseignants par an.

Le mode de recrutement des enseignants titulaires est le concours, par tradition républicaine d’égalité. La place de ce concours dans le cursus n’ayant pas été modifiée par la loi d’avril 2005, le Haut Conseil de l’Education en a pris acte et a raisonné dans ce cadre.

Que les professeurs exercent dans l’enseignement public ou dans l’enseignement privé sous contrat, les principes directeurs de leur formation doivent être les mêmes. Ils sont soumis, dans l’exercice de leur métier, à des obligations et à des responsabilités particulières.

Le dispositif à mettre en place ne doit pas être conçu uniquement en fonction des exigences propres aux voies générales : au total, plus de 700 000 élèves sont en second cycle professionnel ; 40 % des élèves s’engagent dans la voie professionnelle à leur sortie du collège.

Les recommandations du Haut Conseil de l’Education pour la formation des maîtres concernent également, pour l’essentiel, la formation des conseillers principaux d’éducation même si des aménagements doivent tenir compte des particularités du métier, comme pour les documentalistes. Le Haut Conseil estime aussi que l’intégration des IUFM aux universités peut être l’occasion de rapprocher la formation des conseillers d’orientation-psychologues de celle des autres personnels d’éducation et d’enseignement.


Edito et analyse du Café Pédagogique

• Editorial : Formation des maîtres : vers une redéfinition du métier ?

"Si l’on veut « améliorer les possibilités d’enseignement et d’apprentissage », la formation des maîtres gagne à s’appuyer sur les résultats de la recherche, qu’il s’agisse de la recherche disciplinaire comme de ce qu’on appelle la « recherche en éducation », c’est-à-dire la recherche dans les sciences et disciplines qui concourent à l’efficacité des pratiques didactiques et pédagogiques et à la réussite des élèves". Dans le débat sur la formation des maîtres, le HCE vient de choisir une approche qui donne toute sa place aux savoirs professionnels et à la recherche en éducation (voir ci-dessous).

Le Haut conseil définit le métier en terme de compétences, en ne faisant des savoirs disciplinaires, qui sont la base des concours actuels, qu’un élément d’une culture professionnelle élargie et définie.

Il a également perçu l’intérêt d’élargir le recrutement social des enseignants. "Une ouverture du corps professoral à des hommes et des femmes ayant exercé d’autres activités est souhaitable. Cette souplesse dans le recrutement doit s’accompagner d’une très grande rigueur du point de vue des exigences professionnelles".

Ce rapport, dont on pouvait craindre un certain conservatisme, s’appuie sur les réflexions des chercheurs. Ainsi retrouve-t-on des idées de Roland Goigoux, traité récemment de "chauffard" par le ministre de l’éducation. " La formation des enseignants doit être conçue comme une formation en alternance entre le terrain professionnel et l’institut universitaire. Cette conception s’oppose à deux autres que nous rejetons : l’applicationnisme, véhiculant l’illusion d’une simple mise en oeuvre sur le terrain scolaire de savoirs fondamentaux élaborés dans les laboratoires universitaires, et la transmission mimétique, reposant sur le seul compagnonnage professionnel dans le cadre d’une vision étroitement artisanale du métier d’enseignant".

On y trouverait aussi bien l’influence de Philippe Perrenoud. Celui-ci demande que les enseignants aient une vision sociale de leur rôle. Il avait aussi défini 10 points pour la formation des enseignants dont certains ont un certain écho dans le rapport du HCE : "une transposition didactique fondée sur l’analyse des pratiques et de leurs transformations, un référentiel de compétences identifiant les savoirs et capacités requises, un plan de formation organisé autour des compétences, un apprentissage par problèmes..., une véritable articulation entre théorie et pratique, des temps et des dispositifs d’intégration et de mobilisation des acquis.., un découpage des savoirs favorable à leur mobilisation dans le travail" .

Ces remarques posent évidemment la question de la cohérence entre les demandes du HCE et les positions ministérielles. Le problème n’est pas nouveau. Du grand débat mené par la Commission Thélot, des ambitions posées par la loi Fillon, est sortie une série de textes qui ont vidé ce programme de son contenu. On se rappelle par exemple que le jour même où le HCE était installé, le ministre annonçait la création de l’apprentissage junior, un dispositif qui nie le socle commun dont le HCE légalement doit être le garant... Dans le cas également de la formation des maîtres, les recommandations du HCE vont se heurter à la fois à la culture conservatrice du ministre et aux impératifs budgétaires. Prolonger la formation des maîtres, par exemple, a un coût.

Mais l’essentiel est sans doute derrière. En définissant la formation des enseignants comme un ensemble de compétences professionnelles, le HCE redéfinit en fait l’exercice même du métier. Il inclut dans le métier des savoirs d’ingénierie éducative. Il fait des maîtres des agents communicants. Il les installe à l’intérieur d’équipes éducatives.

C’est à une mutation profonde du métier et de ses conditions d’exercice qu’appelle le HCE. Celle-ci est sans doute nécessaire. Mais moins qu’aucun de ses prédécesseurs, le ministère actuel semble capable de la gérer.

• Le système : Le HCE recommande une formation "professionnelle" prolongée pour les enseignants

"Enseigner est un métier ; de bonnes connaissances disciplinaires ne suffisent pas à faire un bon enseignant". Le Haut Conseil de l’Education a remis ses "recommandations" sur la formation des enseignants au ministre de l’éducation nationale. Il définit des compétences, demande un allongement et une professionnalisation de la formation

"Faire apprendre, conduire une classe, ou entretenir des relations confiantes avec les parents, rien ne doit être laissé au hasard de l’inné ou du charisme. Agir de la meilleure façon face à un élève incapable de maintenir son attention sur une tâche scolaire, face à un groupe indifférent ou agité, ou à un parent démuni devant l’échec de son enfant, cela s’apprend. La formation disciplinaire d’un côté, et la bonne volonté et de réelles qualités humaines de l’autre ne suffisent pas si l’on veut faire réussir tous les élèves. Pour concilier enseignement de masse et élévation du niveau, le Haut Conseil de l’Education propose de raisonner, comme certains de nos voisins, en termes de compétences professionnelles des enseignants... Pour être titularisé, tout étudiant-stagiaire devra maîtriser, à la fin de sa formation initiale, les compétences requises pour enseigner".

Pour le HCE c’est clair : les connaissances disciplinaires sont nécessaires mais ne sont pas suffisantes pour former un enseignant. Le HCE définit donc 10 compétences à maîtriser : la compétence disciplinaire, la maîtrise de la langue française, la capacité à concevoir son enseignement, à prendre en compte la diversité des élèves, à gérer une classe, à évaluer les élèves, à travailler en équipe et à coopérer avec les partenaires de l’Ecole, à innover, à agir de façon éthique et enfin à utiliser les TICE.

Le HCE recommande d’appuyer la formation sur une bonne connaissance de la recherche en éducation mais aussi d’associer formation universitaire et formation sur le terrain. "La formation professionnelle s’effectue en alternance, à l’université et dans les établissements scolaires ; elle doit être partout à la fois pratique et théorique... La formation pédagogique ne doit pas être dispensée par disciplines, mais d’abord en fonction des thématiques en jeu dans les situations professionnelles rencontrées par les professeurs, à partir d’études de cas : la personne de l’élève, le groupe-classe, l’apprentissage (processus, motivation, difficultés...), l’évaluation, la gestion des conflits, la lutte contre la violence, les relations avec les parents, la personne de l’enseignant, l’orientation, la diversité culturelle et le fait religieux, etc.".

Il est clair que cela nécessite, pour le HCE, un allongement de la formation. Celle-ci doit débuter avant l’entrée en IUFM. Dès la licence les étudiants pourraient suivre des "stages d’observation" dans différentes catégories d’établissement. Ils seraient formés à la pluridisciplinarité. Pour les professeurs des disciplines professionnelles de l’enseignement professionnel, on exigerait "une pratique effective" du métier. Les autres PLP suivraient en deuxième année un stage en entreprise sur les relations Ecole -entreprises.

Le concours en fin de première année serait purement disciplinaire et perdrait son épreuve sur dossier, ce qui semble assez contradictoire avec l’objectif de professionnalisation invoqué par le HCE. Pour lui, " les concours se situent à un stade du parcours des étudiants où ceux-ci ne sont pas censés avoir d‘expérience du métier d’enseignant : il est donc logique qu’ils aient pour première finalité de garantir un niveau disciplinaire, ainsi que des capacités intellectuelles générales indispensables à qui se destine à ce métier".

Par contre la deuxième année de formation serait allongée de plusieurs semaines et axée sur "le cœur du métier". Elle aurait lieu dans l’académie d’accueil du stagiaire. En fin de seconde année, la titularisation garantirait l’acquisition des compétences "sans exception et sans compensation entre elles". Elle serait intégrée dans le système LMD et validée par des crédits ECTS de master dans le domaine de l’enseignement.

Au cours des deux premières années d’exercice, la formation serait prolongée. " La première affectation doit être encadrée, et tout professeur débutant doit bénéficier d’un accompagnement pendant deux ans, des stages obligatoires parachevant sa formation initiale". Durant cette période, l’enseignant suivrait des stages de connaissance du système éducatif, de découverte des partenaires de l’Ecole, de prise en charge du handicap.

Il appartient maintenant au ministre de mettre en œuvre ces recommandations. Elles pourraient entrer difficilement dans les préoccupations budgétaires du ministre. Pour le moment Gilles de Robien se borne à déclarer qu’il est " favorable à une piste de formation en alternance qui n’apparaît pas nettement dans les recommandations, mais serait une des pistes les meilleures pour s’adapter aux publics diversifiés".

Consulter le rapport en ligne.

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