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Rapports sur les grilles horaires des collèges et des lycées

mardi 17 octobre 2006, par FCPE 34


Contexte des audits :


Les caractéristiques de la grille horaire des collégiens sont proches de celles des lycéens :

- un horaire de travail hebdomadaire lourd (de 25h30 à 28h30 d’enseignements obligatoires) ;
- un coût par élève parmi les plus élevés de l’OCDE ;
- des performances moyennes dans les évaluations internationales.

La complémentarité entre les enseignements obligatoires proprement dits, les dispositifs d’aide et de soutien aux élèves en difficultés (PPRE, dispositifs dérogatoires et de remédiation) et les autres modalités d’apprentissage (IDD, apprentissage junior...) doit être renforcée.

Le mode d’organisation actuel parait trop rigide, malgré la réforme de 1996, actualisée en 2001 et 2004. Il constitue un frein à l’innovation pédagogique et à l’introduction de nouveaux modes d’apprentissage ou de nouvelles façons d’enseigner, ainsi qu’à l’efficacité pédagogique recherchée notamment en langues vivantes.


L’organisation horaire des enseignements au lycée général et technologique présente :

- un horaire hebdomadaire et un horaire annuel parmi les plus lourds de tous les pays de l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE),
- une offre d’options lourde et très diversifiée qui nuit à la lisibilité de l’offre de formation
- un mode d’organisation rigide, qui constitue un frein à l’innovation pédagogique et à l’introduction de nouveaux modes d’apprentissage ou de nouvelles façons d’enseigner, et aussi un frein à l’efficacité pédagogique.


Lu sur le Café Pédagogique :

• Le système : Deux audits demandent une baisse importante des moyens en lycée et collège

Attendus depuis des semaines, les deux audits sur "la grille horaire des enseignements en lycée général et technologique" et celle du collège demandent des coupes sombres dans les budgets du secondaire. Ces rapports, commandés par le gouvernement, réalisés par des inspecteurs des finances et des inspecteurs généraux de l’éducation nationale, font suite à l’audit sur les décharges horaires des enseignants dont l’application a été quasi immédiate.

Le rapport sur le lycée est exigeant : il fixe comme objectif une baisse de plus de 20% des dépenses. Relevant que "l’investissement massif dans le volume d’heures d’enseignement n’a amélioré ni la performance ni l’équité du lycée français" il en conclut que la baisse des coûts est légitime.

Comment faire ? Il s’agit d’abord de réduire fortement les heures d’enseignement. Le rapport préconise une méthode : "désamorcer les tensions portant sur l’horaire hebdomadaire en considérant que les arrêtés ministériels n’ont plus vocation à sanctuariser des volumes de services d’enseignants négociés entre disciplines, mais à offrir un référentiel national, un point de départ à partir duquel se construisent localement des projets adaptés aux attentes des élèves".

Plus clairement, il s’agit de fixer un plafond horaire pour les 3 niveaux du lycée. Ainsi en seconde les élèves ne pourraient avoir plus de 900 heures d’enseignement annuelles, au lieu des 1 044 à 1 188 actuelles. En première et terminale le plafond serait à 950 heures (par rapport à 1 050 à 1 386 heures actuelles). Ces plafonds seraient calculés sur 36 semaines de cours grâce à l’allongement de deux semaines de l’année scolaire effective.

Comme parallèlement l’enveloppe horaire de chaque discipline serait annualisée, on obtiendrait ainsi une forte économie de postes. Le rapport réorganise donc les enseignements sur ces bases. Par exemple, les horaires de français en seconde passeraient de 4 h 30 hebdomadaires à moins de 3 heures (100 heures annuelles), ceux de langue vivante 1 de 3 heures à 1 h 50 minutes (70 heures annuelles). En première ES, les SES passeraient de 5 heures à moins de 4 heures, l’histoire-géographie de 4 heures à moins de 3 heures.

Les horaires en série technologique semblent mieux satisfaire les auteurs qui se félicitent que les nouveaux programmes de STG aient réduit les frais d’enseignement de 5% et ceux de SMS (ST2S) de 10%. Malgré tout ils envisagent à la rentrée 2007 l’ouverture d’une nouvelle filière, " sciences et technologies" qui permettrait de diminuer davantage les horaires d’enseignement.

En langues, outre la baisse des horaires, les dédoublements accordés en terminale seraient remis en question. Ils ne seraient plus accordés de droit et les rapporteurs préconisent une gestion globale des horaires de langues dans l’établissement. Une façon, semble-t-il, de réduire le nombre des options.

Ces horaires pourraient être complétés par des heures d’études surveillées pour encadrer le travail des élèves qui serait réalisé dans l’établissement (400 à 500 heures annuelles).

Pour les auteurs, il est clair que le tour de vis doit être rapide : il pourrait s’appliquer dès la rentrée 2007 si le ministre suit leurs recommandations.

Au collège, "le coût moyen du collégien a augmenté de 33% entre 1990 et 2004" souligne le rapport, qui montre quand même une stabilisation depuis la fin des années 1990.

Aussi le rapport demande-t-il, comme pour le lycée, une réforme du pilotage " fondé sur les objectifs et l’évaluation des résultats". Il s’agirait d’adopter "une démarche progressive visant à confier nettement plus de responsabilités aux échelons déconcentrés, en contrepartie d’une exigence pédagogique et budgétaire accrue". Ainsi il préconise de libérer 20% des moyens pour les affecter à la réalisation des objectifs de progrès de l’établissement. " Dès la rentrée 2007, l’assouplissement des obligations horaires est amorcé, dans la limite de 20% de la dotation, par les équipes qui souhaitent prendre le risque du changement... Dans un second temps et après évaluation, sont abrogées pour l’ensemble des années au collège les grilles horaires hebdomadaires au profit d’un référentiel qui fixerait pour chaque enseignement une base horaire par cycle (annuelle pour le cycle d’initiation 6e, bi-annuelle pour le cycle central 5e- 4e, annuelle pour le cycle d’orientation 3e). Cette base est inférieure à la dotation actuelle, car elle est appelée à être complétée à hauteur de 20% par des moyens non fléchés".

Ainsi pour le cycle central, on n’aurait plus que 250 heures de français pour les deux années, 230 de maths, 280 de langues, 100 de SVT, le tout sur 36 semaines. S’y ajouteraient 200 heures annuelles de dotation non affectée. Les horaires de langues seraient fusionnés et la carte des langues "rationalisée". Chaque établissement aurait le choix d’offrir ou non une seconde langue en cinquième.

Toujours pour diminuer les coûts, le redoublement serait "plafonné" par établissement.

Ces mesures ont-elles une chance d’être appliquée dès 2007 ? Probablement non, ne serait-ce que parce que le budget 2007, qui a retenu les propositions d’un autre audit sur les décharges, est déjà bouclé.

Certaines propositions semblent embarrasser le ministère. Ainsi, au lycée, le décalage des examens sur l’été , nécessaire pour assurer 6 semaines de cours, semble difficile. Le ministre relève que " la clôture de la session, symbolisée par les résultats du second groupe d’épreuves du baccalauréat et intervenant mi-juillet, serait reportée au 31 juillet. Une telle mesure serait susceptible de soulever des réticences de la part des parents d’élèves et des enseignants, de même que des organisations professionnelles du tourisme". En ce qui concerne les langues, le ministère relève que la mesure proposée " risquerait de conduire à la disparition de l’enseignement de toutes les langues, à l’exception de l’anglais et de l’espagnol" ce qui va contre des engagements politiques internationaux.

Enfin, " la remise en cause du caractère hebdomadaire de l’obligation réglementaire de service des professeurs, constituerait un véritable bouleversement à la fois pédagogique et structurel, dont la mise en œuvre reposerait sur une décision politique forte, entreprise sur la durée et qui devrait tenir compte de négociations et de consultations importantes, notamment des enseignants, des chefs d’établissement et des fédérations de parents d’élèves".

Faut-il pour autant l’écarter. Certainement pas. En effet, ces rapports ont été réalisés pour faire face à un besoin réel : le financement des mesures inscrites à la loi Fillon qui doit se faire à moyens constants et la volonté gouvernementale de dégager de la productivité dans l’éducation nationale.

Une application programmée. Aussi contiennent-ils des prévisions budgétaires éclairantes jusqu’en 2010. L’application intégrale de ces rapports, comme de celui sur les décharges, est programmée et devrait être appliquée sauf bouleversement politique. Leur impact est calculé : 9 203 emplois récupérés en lycée par réduction des horaires élèves, 9 609 par suppression des dédoublements au seul lycée, 3 000 emplois en langues par révision des dédoublements, 2 282 emplois du fait de la réduction des redoublements et un nombre non calculé de postes venus de la réduction du nombre d’options. " Au total, l’application des recommandations de la mission permettrait de dégager près de 24 000 ETP, sans compter les économies générées par une révision du système des décharges. Une partie de ces marges de manœuvre supporterait le coût de déploiement de la loi d’orientation, une autre partie permettrait de piloter le système en redéployant des moyens en fonction d’objectifs pédagogiques exigeants, et enfin une partie représenterait des gains de productivité qu’un plan de gestion des ressources humaines adapté pourrait concrétiser pendant la période 2006-2010".


• Editorial : Que veut dire la productivité en éducation ?

"Une réduction significative des horaires ne pourra être obtenue sans une réforme d’ensemble de l’organisation des enseignements et du pilotage du système éducatif". Extraite des rapports d’audit sur les grilles horaires des lycées et des collèges publiés le 17 octobre (voir article ci-dessous), cette phrase résume le glissement opéré dans l’éducation nationale. L’organisation des enseignements et le pilotage du système sont dirigés par un objectif strictement comptable : la réduction des horaires.

Vous en doutez ? Voici un autre extrait à méditer :" Sous réserve d’une validation indépendante des besoins d’investissements générés par la réforme, la mission recommande la création d’un baccalauréat technologique « sciences et technologies » à la rentrée 2007, simplifiant les spécialités actuelles et allégeant la charge horaire des enseignements". Voilà une brochette d’inspecteurs des finances qui inventent une nouvelle filière de l’enseignement technologique justifiée uniquement par son coût plus réduit que les filières existantes (dont le rapport vante quand même les économies de 5 à 10% !).

Un dernier exemple ? On se souvient que la loi Fillon a décidé le dédoublement des cours de langues en terminale. Une mesure qui a d’ailleurs bien du mal à être appliquée deux ans plus tard. Les auteurs de l’audit sur les lycées ont une solution à ce problème : " l’allègement des structures à 20 élèves en moyenne en terminale générale et technologique en 2006, en première en 2007, devrait s’accomplir au rythme de la réduction du nombre de groupe de langues vivantes inférieurs à 15 élèves". En clair le dédoublement ne serait plus de droit mais résulterait d’un marchandage comptable au niveau académique, histoire de les inciter à mieux gérer. Ainsi a-t-on le privilège de vivre en direct la prise de contrôle de la rive gauche par la rive droite, Grenelle par Bercy.

Les experts qui pilotent cette révolution ne manquent pas d’arguments. Ils ont beau jeu de faire remarquer la hausse des dépenses d’éducation par rapport à la stagnation du taux d’accès au bac ou au brevet. Pour eux, il est clair que les deux courbes auraient dû, au minimum, augmenter de concert. Ils remarquent également que la France dépense davantage que certains pays de l’Ocde pour son système éducatif. Ainsi, l’Ocde a calculé que les dépenses cumulées pour la durée des études primaires et secondaires se montent à 85 084 dollars en France contre 77 204 pour la moyenne des pays de l’Ocde. On dépense en France en moyenne 7 807 dollars par élève contre 6 827 pour la moyenne Ocde. Le système éducatif paraît donc "riche", voir "gras" par rapport à ceux des voisins.

Et ils avancent des idées qui peuvent sembler intéressantes : accorder davantage d’autonomie aux établissements, réduire le taux de redoublement, lutter contre l’émiettement disciplinaire.

Pourtant ces arguments comptables n’emportent pas l’adhésion. L’analyse plus fine des statistiques montre que la situation est plus complexe qu’elle ne paraît. Certes le budget de l’éducation nationale est passé de 55 à 65 milliards d’euros de 2000 à 2005. Mais cette hausse correspond à un simple maintien en terme de PIB (à 3,9% du PIB). La dépense intérieure d’éducation en France, après avoir progressé dans les années 1990, est même orientée à la baisse depuis 1998. Elle est passée de 7,6% du pib à 7,2% en 2005. De même pourra-t-on remarquer que si la moyenne de l’Ocde monte à 77 204 $ par élève, elle dépasse les 100 000 $ aux Etats-Unis, au Danemark, en Norvège, au Luxembourg, en Italie etc.

Ce qui est certain c’est que la productivité de l’école ne suit pas une logique arithmétique. C’est un fait avéré que les dépenses éducatives progressent avec le niveau de qualification de la population. Si l’alphabétisation a un coût modéré, la réussite de tous dans le secondaire mobilise des moyens de plus en plus importants puisque, pour réduire des "poches" de résistance de plus en plus difficiles, il faut inventer des moyens nouveaux. Parallèlement, le jeu social fait que la demande d’options évolue plus rapidement que les taux de scolarisation. Ainsi tous les pays développés connaissent une hausse rapide de leurs budgets éducatifs. Enfin jouent des particularités françaises comme le fort taux de redoublement.

Mais renvoyons les calculettes : la productivité de l’Ecole c’est autre chose. Pour paraphraser un ancien ministre, on pourrait poser la question : "qu’est ce qu’une scolarité réussie ?" Doit-on déplorer ce que coûte le déploiement de moyens supplémentaires en zep ? Doit-on chiffrer l’existence d’enseignements "inutiles" c’est-à-dire sans rentabilité directe sur le marché du travail ? Doit-on expertiser le prix de l’épanouissement ? Celui des découvertes ? Pour le dire plus clairement, à appliquer à l’Ecole des normes strictes de productivité ne risque-t-on pas de la considérer comme un service et non plus comme une institution ?

Un glissement préjudiciable. Ce glissement apparaît très clairement dans les deux rapports d’audit. Les effets sociaux des mesures proposées ne peuvent que mobiliser fortement les enseignants contre un plan qui aggravera très sensiblement les conditions de travail dans les établissements. Mais cet audit pourrait avoir un effet plus délétère.

Qui ne voit que l’école a besoin de davantage d’autonomie ? Qu’un nouveau découpage du temps scolaire est nécessaire et que certains établissements l’ont réussi ? Qui s’opposerait à une prise en charge plus individualisée des élèves ? Mais comment accepter ces idées quand elles sont utilisées uniquement pour réaliser des économies.

En dénaturant un certain nombre de propositions, en cherchant à imposer une évolution brutale du système, il prend le risque d’empêcher toute évolution d’un système éducatif qui a bien besoin de bouger. Ajoutons que diminuer les moyens sans faire évoluer l’Ecole dans ses pratiques et ses conceptions ne peut qu’aggraver ses difficultés. L’avenir de l’Ecole ne peut pas se régler par des audits financiers.


• Le système : Le ministère a programmé la suppression des IDD pour 2007

"La suppression des itinéraires de découverte en 5e ... est censée intervenir en 2007 au moment où serait introduite la seconde langue vivante". Cette information est cachée en page 70 du rapport d’audit sur la grille horaire des lycées. Le document analyse les prévisions budgétaires du ministère de l’éducation nationale.

La Direction des affaires financières du ministère a prévu de récupérer les 3 600 équivalents temps plein correspondant aux IDD pour financer le déploiement de la seconde langue en 5ème. Comme les TPE, largement amputés l’an dernier, les IDD sont un dispositif innovant qui invite les élèves à effectuer une recherche sur un thème croisant deux disciplines. Il leur permet de se familiariser avec les outils de recherche et d’accéder à davantage d’autonomie dans leur travail.

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