Un article du café pédagogique
mercredi 12 mars 2008, par
Au vu de ce test, la question de la suppression de l’examen peut en tout cas être posée". Le Figaro accueille en ces termes l’étude de B. Suchaut sur la notation d’une trentaine de copies du bac que L’Expresso vous a présenté le 10 mars. B. Suchaut montrait "un fort écart d’un correcteur à l’autre". Pour trois copies corrigées par une trentaine de correcteurs différents, la copie 1 est évaluée entre 5 et 15, la copie 2 de 5 à 16.
Aussitôt certains montent au créneau comme le Snes qui "dénonce l’instrumentalisation d’une étude qui, somme toute, ne révèle pas grand-chose de nouveau sur les biais d’une évaluation sans concertation, ce que n’est pas le baccalauréat". Le Snes avance, peut-être un peu vite, à en lire B. Suchaut , que "l’expérience montre que les différences de notation, qui peuvent être importantes en l’absence de travail collectif sur l’application d’un barème clair et de consignes de correction s’estompent largement quand les commissions d’entente du baccalauréat se réunissent". A cela le Sgen-Cfdt répond qu’il faut "sortir de l’évaluation normative" et "désacraliser le bac".
Ce qui est certain c’est que l’étude de B. Suchaut n’apporte pas de fait nouveau mais confirme des travaux antérieurs. Déjà en 1930, Henri Laugier, après avoir travaillé sur le certificat d’étude, avait montré des écarts de 9 points entre correcteurs pour des copies universitaires. En 1962, Pieron, Reuchlin et Bacher avaient démontré que pour obtenir une note "juste" aux épreuves du bac de mathématiques il faudrait faire la moyenne des notes de 13 correcteurs en maths, 78 en français et 127 en philo. De quoi ruiner le ministère ! Inversement, une étude ministérielle a aussi démontré, à partir des résultats du bac 2003, que 3 ou 4 épreuves prédisent le résultat final. Enfin plus récemment on se rappelle les travaux d’Antibi sur "la constante macabre".
On sait donc depuis longtemps que les correcteurs ne sont pas d’accord entre eux, qu’ils ne sont même pas cohérents avec eux-mêmes ; qu’ils sont influencés par des facteurs qui leur échappent et qu’il y a une grande part d’aléatoire au bac, comme d’ailleurs à n’importe quel concours ou examen.
La presse préfère s’indigner ou en retenir une condamnation du bac. Les enseignants eux préféreront peut-être viser plus haut et réfléchir à d’autres formes d’évaluation ou à sa place dans l’Ecole. C’est d’ailleurs ce à quoi invitait B. Suchaut. "Faire le deuil de la notation, renvoie aussi à changer plus globalement la vision de la finalité de l’acte d’enseignement. Un changement en la matière obligerait à revoir totalement les mécanismes de sélection, d’orientation et de certification des élèves, mais aussi, au quotidien, le regard que porte l’enseignant sur l’élève".
Pour consulter l’article sur le site du Café Pédagogique, ainsi que les différentes réactions, suivre ce lien.