Motion contre les postes "berceaux"

votée au CA du collège du Pic St Loup - Saint Clément de Rivière

jeudi 4 février 2010, par Nathalie secrétariat


Dans le cadre de la réforme de la formation des maîtres, le Rectorat de Montpellier a prévu de mettre en place le programme suivant :

- Les nouveaux professeurs certifiés devront effectuer, lors de leur année de stage, 12h de cours par semaine (contre 6 à 8h actuellement), ce qui constitue en soi une dégradation, puisqu’ils auront moins de temps pour les formations théoriques et davantage de cours à préparer et de classes à prendre en charge.

- Ces stagiaires seront affectés sur des postes d’enseignants à 18h, postes qui seront donc supprimés, le plus souvent sous la forme de non-remplacement de professeurs partant en retraite. Cela permet de supprimer 250 postes dans l’Hérault et 5000 à l’échelle nationale, conformément à la RGPP qui prévoit de ne remplacer qu’un départ à la retraite sur deux dans la Fonction publique. Mais comment assurer les heures manquantes (un stagiaire doit 12h, un professeur titulaire 18h) ?

- Les 12h seront annualisées : pendant les 6 premières semaines, le stagiaire effectuera, sans aucune formation professionnelle, un service complet de 18h d’enseignement - sous le regard d’un professeur "tuteur", qui pendant ce temps-là abandonnera ses propres classes à un remplaçant (titulaire ou plus probablement contractuel). Après la Toussaint, le tuteur fera enfin sa "rentrée" avec ses classes, tandis que le stagiaire sera abandonné sans filet avec ses élèves. Après les vacances de février, le stagiaire partira en stage de formation (enfin !) pour 6 semaines, durant lesquelles il sera "remplacé" soit par un contractuel, soit par un étudiant admissible à l’oral du concours de recrutement, qui, entre l’écrit et l’oral du concours, assurera la totalité du service à 18h, sans formation ni aucune connaissance des classes, pour 3000 €, sous la dénomination fallacieuse de "stage de 108h". Puis les stagiaires reprendront leurs classes, des vacances de printemps jusqu’aux vacances d’été.

Ce projet est inacceptable à plusieurs titres :

- il revient à lancer sans filet, et à temps complet, des étudiants ayant reçu une formation disciplinaire universitaire mais aucune formation professionnelle. A qui fera-t-on croire que ces stagiaires auront le temps, en plus de la préparation de leurs 18h de cours et des tâches connexes, d’aller assister à des cours théoriques le mercredi ? C’est une régression considérable de la formation. On sait bien pourtant que certains stagiaires actuels se révèlent peu aptes au métier et que par ailleurs tous les lauréats au concours peinent à mener de front formation théorique, service de 6-8h, préparation, concertation avec le tuteur et réflexion sur leur pratique. Veut-on décourager les jeunes enseignants ? Si les stagiaires se révèlent pédagogiquement inaptes, combien de classes auront à en souffrir ?

- les tuteurs ne peuvent accepter de ne pas prendre leurs propres classes à la rentrée, dans les 6 premières semaines de l’année, où tout se met en place avec les élèves : méthodes de travail, installation de l’autorité, règles de vie etc. D’ores et déjà l’immense majorité des tuteurs pédagogiques actuels refuseront de participer à cette parodie de formation.

- socialement, le projet introduit une discrimination inacceptable entre les candidats au concours : ceux qui peuvent se passer des 3000 € rémunérant le prétendu "stage de 108h" entre l’écrit et l’oral, consacreront leur temps à préparer l’oral, tandis que les moins bien lotis assureront au pied levé 18h de cours (+ préparation et correction de copies etc.), réduisant leurs chances de réussite à l’oral.

- les élèves ayant comme professeur un enseignant stagiaire ou un tuteur verront défiler les professeurs et les remplaçants, avec tous les problèmes que cela engendre en terme de continuité des apprentissages, de gestion de la discipline, etc. Cela concernerait, avec une moyenne de 30 élèves par classe et de 5 classes par tuteur, 37500 élèves dans le seul département de l’Hérault.

Motion :
le conseil d’administration du collège du Pic Saint-Loup refuse toute transformation de poste d’enseignant du collège en "poste berceau" et demande le retrait du projet actuel. Il demande que les lauréats au concours bénéficient d’une vraie formation professionnelle de qualité, qui respecte les droits des élèves aussi bien que ceux des étudiants.

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