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Longue vie à une centenaire !

Edito de l’encart départemental de février 2005 - Revue des Parents n° 338

jeudi 24 février 2005, par Marc Fourez


Son anniversaire n’aura lieu que le 9 décembre, mais elle mérite bien qu’on la fête toute l’année ! Elle, c’est la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, qui a, voici un siècle, inscrit dans le marbre le principe de laïcité dans la République Française.

Cent ans, c’est long et court à la fois. Suffisamment long pour que certains pensent qu’il en a toujours été ainsi, mais tellement court au regard de l’Histoire. Et même si chacun peut percevoir son sens général, nombreux sont ceux qui s’en font une idée imprécise, voire erronée, au point de la croire antireligieuse. C’est pourquoi il n’est pas inutile d’en rappeler ici le début :

ARTICLE PREMIER. - La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

ART. 2.- La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte....

Au début du vingtième siècle, une telle loi s’est avérée nécessaire pour la nation. Les débats qui ont précédé sa promulgation ont débuté à la chambre des députés avec le printemps, le 21 mars, et se sont poursuivis 48 séances durant, jusqu’à sa rédaction définitive et son vote. Les gouvernants de l’époque avaient eu la sagesse, pour un sujet qui engageait de manière importante l’avenir des citoyens, de laisser s’exprimer et débattre les différentes forces politiques en présence ; nos maniaques de 49.3 devraient en prendre de la graine...

Avec des bases aussi solides, cette loi est devenue un pilier fondamental de notre société. Après un siècle de bons et loyaux services rendus au quotidien à l’ensemble de la population, et plus encore à venir, elle mérite le respect. Et pourtant...

Un responsable politique, ancien ministre de l’intérieur, puis des finances, voulant caresser certains communautarismes dans le sens du poil, à des fins manifestement électoralistes, se dit favorable à une révision, un « assouplissement » de la loi. C’est faire preuve de la plus totale irresponsabilité ; dans un édifice, si on assouplit un pilier fondamental, il est évident que tout s’effondre.

Un représentant de l’Etat, Préfet de la Région Aquitaine et du département de la Gironde, a adressé en septembre dernier, conjointement avec le Maire de Bordeaux, une invitation aux directeurs des écoles publiques de la ville, afin qu’ils participent avec leurs élèves à "l’inauguration des Chemins de Compostelle", précisant que la cérémonie s’achèverait par "une messe de Monseigneur Jean-Pierre RICARD, Archevêque de Bordeaux et Evêque de Bazas, à la basilique Saint Michel". Certains grands commis de l’Etat ont une façon bien particulière de se comporter avec les lois de la République...

En outre, alors que le gouvernement a fait voter l’année dernière une loi interdisant le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse dans les écoles, les collèges et les lycées publics, les Rectorats ne se privent toujours pas de convoquer pour des épreuves du baccalauréat des lycéens du public dans des locaux d’établissements privés confessionnels. Les gens sont égaux devant la loi, mais il y en a qui sont manifestement plus égaux que d’autres...

Alors, comme anniversaire pour ses cent ans, mobilisons nous pour offrir à la loi de 1905 tout le respect qu’elle mérite, comme, d’ailleurs toutes les lois de la République.

Le calendrier, riche en anniversaires, nous amène également à saluer le trentenaire de la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse, et à constater qu’aujourd’hui comme lors de leurs promulgations, on retrouve les mêmes qui tentent de s’opposer à ces deux lois ou à leur libre et stricte application. A mon sens, ces individus, ou groupes d’individus, agissant au nom d’une prétendue morale religieuse mais animés en réalité par un obscurantisme dogmatique, sont de véritables ennemis de la République et de la Démocratie. Il serait temps que les pouvoirs publics les considèrent réellement comme tels...

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