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Lettre ouverte à l’Education nationale ou 10 ans de galère !!!

dimanche 6 août 2006


Mon fils Jérôme, 17 ans, vient d’avoir son bac STI électrotechnique avec des notes très honorables, presque toutes supérieures d’au moins 2,5 points à ses notes de terminale ; c’est donc, malgré ses difficultés de dyslexie, dysorthographie, dysgraphie, dyscalculie reconnues depuis le CM1, un parcours "sans faute". Pour la première fois, ses résultats sont à la hauteur de son investissement.
Cette réussite Jérôme la doit à lui même, à sa ténacité ; il n’a pas baissé les bras et a gardé confiance en lui .. nous l’avons toujours soutenu et encouragé.

Par contre, au lycée, ses difficultés n’ont pas été reconnues ni prises en compte ; elles ont été trop souvent attribuées à d’autres causes (paresse, désinvolture, intelligence réduite ..). Il n’a bénéficié d’aucune mesure spécifique ni d’aucune adaptation et ce pendant les trois années de son cursus au lycée malgré nos demandes répétées appuyées par un dossier médical.

Les faits sont là, mon fils a été considéré par de nombreux enseignants ainsi que par l’administration du lycée au mieux comme un paresseux ou, le plus souvent, comme un « demeuré » . Les observations humiliantes orales ou écrites de certains professeurs, l’indifférence d’autres, les appréciations trop souvent négatives portées sur les bulletins ainsi que les commentaires inscrits sur les contrôles sont souvent inacceptables tant sur le plan humain que pédagogique. Il a dû constamment justifier sa présence au lycée (« tu n’auras jamais ton bac », « tu devrais quitter le lycée »... ) Les conseils de classe de seconde, 1ere et aussi celui de terminale !!! ont tous demandé le redoublement. Quel gâchis !! Ce n’est pas la compréhension qui pose problème, loin de là, mais la restitution des savoirs à l’écrit et dans la forme demandée.

Dans le cadre de l’Adaptation et de l’Intégration Scolaires, ces enfants supportent non seulement le poids de leur handicap, ce qui leur demande une volonté et un courage au-dessus de la moyenne pour s’intégrer, mais de plus ils sont confrontés en permanence à la dévalorisation et au regard des autres.

Pour le bac, toutes les mesures médicalement prescrites ont été appliquées (temps supplémentaire à l’oral, à l’écrit et aux épreuves pratiques, usage d’un ordinateur et d’une calculette) comme la loi le prévoit ; au delà de la volonté de Jérôme et de son désir de revanche, ces aménagements ont été efficaces pour compenser partiellement les difficultés .

La loi sur le Handicap permet à tous les jeunes qui le souhaitent, et qui le peuvent, de poursuivre leur cursus dans un établissement ordinaire en adaptant les conditions d’enseignements. L’Education Nationale ne saurait s’exonérer de sa responsabilité en la matière. Il est urgent d’agir concrètement et donc d’appliquer cette loi dans tous les établissements.

Il est également inadmissible que les parents épuisent leur énergie dans le parcours du combattant qu’on leur impose pour faire respecter leurs droits les plus élémentaires ; (encore faut-il que les parents soient disponibles et informés). L’Ecole publique se doit d’appliquer tous les textes concrètement sans qu’il y ait nécessité d’en faire la demande ni d’exiger leur application. L’Education Nationale n’est pas une zone de non-droit.
L’école publique s’honore quand elle s’occupe aussi de ceux qui sont en dehors du « moule » et qu’elle tend à ne pas former que des clones.

Pour ma part, j’espère maintenant que Jérôme n’aura plus à se justifier en permanence ni à prouver son intelligence et ses capacités. Il a une place en BTS Informatique de Gestion et il va pouvoir se consacrer à sa passion : l’informatique et s’y épanouir.

Je souhaite aussi que ce témoignage fasse changer le regard sur les enfants « différents » et que les textes en vigueur soient enfin appliqués dans les établissements afin de respecter l’égalité des chances ; ce n’est pas avantager ceux qui ont des difficultés que de les reconnaître ; ce n’est pas avantager que d’appliquer les mesures de compensation prévues par la loi ; personne ne s’étonne qu’ un élève en fauteuil roulant soit exempté de course à pied. Pourquoi alors estimer qu’un dyscalculique est avantagé quand il utilise une calculatrice ?

Françoise d’Azémar
Jacou

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