Conseil Scientifique de la FCPE
jeudi 21 juin 2007, par
Intervention lors du colloque de la FCPE sur « L’enfant, la vraie question de l’Ecole », octobre 2001
D’abord satisfaire les adultes !
L’originalité des emplois du temps scolaires français résulte des besoins et des exigences de la société du moment. La mise en place de la coupure du mercredi, des vacances d’été et des vacances de février illustrent l’incidence des facteurs politiques et économiques sur le fonctionnement de l’école, sur les aménagements du temps scolaire.
Le problème actuellement posé, est de parvenir à intégrer le temps scolaire occupé par les enfants, dans le temps extrascolaire géré par les adultes qui disposent de plus en plus de temps libéré. Il s’agit, d’une part, de tenir compte des intérêts de l’enfant, de respecter au mieux ses rythmes de vie, son développement physique, physiologique et psychologique, et d’autre part, de satisfaire les aspirations des adultes.
A la recherche d’un compromis
Il n’existe pas de solution idéale, il s’agit seulement de trouver le moins mauvais des compromis entre la satisfaction des intérêts des élèves et la réponse aux besoins des adultes, tout en sachant que l’élève constitue un tout, qu’il ne s’arrête pas de vivre une fois franchi le seuil de l’école.
Ce compromis ne peut être recherché qu’en associant tous les partenaires concernés par l’éducation des jeunes : enseignants, parents, scientifiques, responsables du mouvement associatif, décideurs institutionnels, et en conciliant les deux rythmicités scolaires : d’une part, celle gérée par les adultes, c’est-à-dire les calendriers et les emplois du temps scolaires et d’autre part, les fluctuations périodiques des processus physiologiques, physiques et psychologiques des enfants et des adolescents en situation scolaire. Encore faut-il connaître ce que sont les rythmes de vie des enfants et des adultes. Les adultes disposent aujourd’hui d’un corpus de connaissances objectives suffisant pour les guider dans leur choix de nouveaux aménagements des temps de vie de l’enfant et de l’adolescent.
Données chronobiologiques et chronopsychologiques
Les recherches qui relèvent de la chronobiologie de l’enfant se répartissent sur deux principaux axes : l’étude du rythme veille-sommeil et les fluctuations périodiques de certaines variables comportementales et physiologiques. Étant donné que les professeurs Montagner et Paty vous présenteront les principales dans le domaine, je me permettrai seulement de rappeler qu’un rythme biologique prépondérant doit être prioritairement respecté : le rythme veille-sommeil. De la durée du sommeil nocturne et diurne, de sa qualité dépendent l’adaptation des comportements à la situation scolaire et, par voie de conséquence, le niveau de vigilance et les performances intellectuelles. Sa durée varie selon les enfants et selon leur âge.
Les recherches en chronopsychologie scolaire, c’est-à-dire l’étude des variations périodiques des comportements de l’élève, portent principalement sur la rythmicité journalière et rarement sur la semaine.
Les fluctuations journalières et hebdomadaires de l’activité intellectuelle
Les fluctuations journalières de la vigilance et des performances intellectuelles se manifestent tant au plan quantitatif qu’au plan qualitatif. En effet, non seulement les scores bruts aux tests, mais également les stratégies de traitement de l’information fluctuent au cours de la journée. La fluctuation journalière est généralement la suivante : le niveau de vigilance et les performances psychotechniques progressent du début jusqu’a la fin de la matinée scolaire, s’abaissent après le déjeuner, puis progressent à nouveau au cours de l’après-midi scolaire
Il existerait indépendamment de l’origine géographique des enfants et des modes de vie scolaire, deux moments reconnus comme "difficiles" : les débuts de matinée et d’après-midi. Il est a noter que les moments reconnus comme difficiles au plan chronopsychologique sont les mêmes que ceux mis en évidence au plan chrono-biologique. Cette rythmicité journalière a également été mise en évidence lorsque l’on observe systématiquement les comportements de non-éveil ou le degré d’activité de l’enfant en classe (Testu, 2000)
Lorsque la semaine scolaire demeure traditionnelle (4 j fi), les élèves réalisent leurs meilleures performances le jeudi et le vendredi matin, les moins bonnes le lundi et, a un degré moindre, pendant la demi-journée précédant le congé de fin de semaine, généralement le samedi matin, occasionnellement le vendredi après-midi (Testai, 2000). Ce jour-là, il est impossible de dégager une courbe commune à tous les enfants d’une même classe. Certains d’entre eux qui ont mal vécu le week-end, qui ont été abandonnés ou qui ont subi la vie familiale, présentent une rythmicité journalière inversée accompagnée d’une baisse globale des performances, caractéristique d’une désynchronisation de cette dernière. Il est à noter que nous n’observons pas ce phénomène le jeudi faisant suite au congé du mercredi. L’inégalité face au temps libéré du week-end est alors flagrante et allonger le week-end d’une demi-journée supplémentaire sans proposer des activités péri et extrascolaires éducatives ne ferait qu’accentuer cette injustice.
Des facteurs susceptibles de modifier les variations journalières de performances.
Si les fluctuations journalières sont souvent les mêmes elles peuvent cependant être modifiées, voire annihilées sous l’influence de l’âge des élèves, de la nature de la tâche, des conditions d’exécution de celle-ci, notamment les emplois du temps scolaire.
L’âge
Les expériences menées en maternelle (4-5 ans), dans les cycles du primaire (6-11 ans) et du secondaire (11-14 ans), permettent d’observer une évolution avec l’âge des fluctuations journalières de la vigilance. D’une part, l’évolution journalière s’inverse entre la maternelle et le cycle primaire (Testu, 2002), ainsi entre 3 et 7 ans, d’ultradienne (rapide), la rythmicité psychologique devient semi circadienne (journalière), d’autre part, les pics et les creux s’atténuent entre le primaire et le secondaire (Testai, 1979). Il apparaît ainsi que la rythmicité journalière de la vigilance se met progressivement en place jusqu’à l’adolescence.
La maîtrise de la tâche
Non seulement les variations psychologiques ne sont pas toujours les mêmes, mais parfois elles ne sont pas présentes, ce, à la différence des rythmes biologiques.
Lorsqu’une tâche est maîtrisée, des processus de traitement automatique sont appliqués, les variations sont absentes. Inversement lorsqu’une tâche n’est pas maîtrisée, des processus de traitement contrôlé sont appliqués, les variations sont présentes (Testai, 1986).
La maîtrise peut elle-même dépendre du stade d’apprentissage, de la difficulté de l’épreuve, des élèves eux-mêmes.
Enfin un dernier facteur doit être mentionné : l’emploi du temps hebdomadaire.
L’emploi du temps hebdomadaire
S’il semble que nous puissions considérer la présence de la variation journalière dite « classique » décrite précédemment comme le témoignage d’une adéquation entre les emplois du temps scolaires journaliers et hebdomadaires traditionnels et les rythmes de vie des enfants, en revanche, cet équilibre n’existe plus lorsque la vie scolaire ne comprend que 4 jours sans aménagement des temps péri et extrascolaires : les lundi, mardi, jeudi et vendredi. Dans ce cas, la rythmicité journalière classique disparaît pour laisser place à une rythmicité inversée, accompagnée d’une baisse du niveau de performances (Testai, 1994).
Ainsi lorsque la semaine scolaire est du type jours secs », le phénomène de désynchronisation mentionné précédemment se manifeste pratiquement tous les jours de la semaine et plus particulièrement pour les enfants issus de milieux défavorisés, vivant dans des quartiers "sensibles". Dans ce cas, l’influence du mode de vie familiale, s’avère prépondérante dans l’adaptation de l’enfant à la situation scolaire, ce d’autant plus que l’inversion rythmique est accompagnée de dysfonctionnements comportementaux générateurs d’une altération des performances. Notons que dans une société solidaire, les structures relais associatives devraient être soutenues pour pouvoir pallier ces carences.
Il est clair, que sans accompagnement péri et extrascolaire, la libération du temps n’est pas synonyme d’épanouissement. Il suffit, pour s’en convaincre de regarder les taux d’écoute télévisuelle en fonction de la zone d’éducation (Testu, 2002, non publié) ou bien en fonction des emplois du temps proposés (Testu, 1994).
Alors quelles priorités dans l’aménagement du temps scolaire ?
Les données chronobiologiques et chronopsychologiques montrent que les rythmes de l’élève ont surtout été mis en évidence sur la période journalière et que ce sont principalement les élèves confrontés aux difficultés scolaires, ne maîtrisant pas la tâche qui présentent les fluctuations les plus marquées. L’aménagement du temps constitue alors, l’un des moyens de lutte contre l’échec scolaire.
Ainsi, la priorité se situe d’abord au niveau de la journée. C’est seulement après avoir appréhendé cette période que l’on peut modifier les autres temps, tout en sachant que cela suppose que nous considérions des facteurs tels que l’âge, l’origine socioculturelle des élèves et la nature des activités péri et extra-scolaires.
Comment ?
En respectant les rythmes journaliers, physiologiques et psychologiques de l’enfant. C’est principalement sur la période de la journée qu’est mise en évidence la rythmicité. Alors pourquoi vouloir d’abord modifier la semaine ?
En proposant des vacances scolaires de deux semaines. Pour que les écoliers profitent pleinement de leurs vacances, deux semaines sont nécessaires. La première pour se déshabituer de son emploi du temps scolaire, ne plus entendre le matin le réveil alors qu’il ne sonne plus, la seconde pour profiter de ses vacances, oublier l’école, se reposer.
En respectant le sommeil de l’enfant. Il est primordial que les parents, comme les enseignants, interviennent pour que les enfants dorment leur compte. De leur côté, les décideurs doivent proposer des horaires journaliers qui évitent des réveils provoqués, source de perte de sommeil. Il n’est pas raisonnable qu’un élève de 6 ans soit obligé d’être en classe à 8 heures alors que l’on sait qu’en moyenne il doit dormir plus de dix heures.
En évitant la semaine de 4 jours. Nous savons aujourd’hui que la semaine des 4 jours "secs," sans relais, nuit aux enfants issus des milieux "sensibles" et qu’il est préférable de répartir les enseignements pour tous les enfants sur 4 jours et une demi-journée, soit le samedi matin pour les plus âgés, soit le mercredi matin pour les plus jeunes. Quel que soit le type d’aménagement hebdomadaire celui-ci doit obligatoirement être accompagné d’activités péri et extra scolaires.
En prenant en compte les deux principaux facteurs qui influent sur la rythmicité : l’âge et la maîtrise de la tâche.
Par ailleurs, nous avons montré que ce sont principalement les élèves confrontés aux difficultés scolaires, ne maîtrisant pas la tâche, qui présentent les fluctuations les plus marquées. Aussi, il importe de considérer comme prioritaire le respect des rythmes de vie de ces élèves. Les nouveaux aménagements devraient d’abord être appliqués là où l’on rencontre le plus de problèmes. Ils constituent alors, l’un des moyens de lutte contre l’échec scolaire, le découragement et les conduites déviantes qui en découlent.
Bibliographie
Testu F.- Les rythmes scolaires, étude sur les variations de performances obtenues à des épreuves d’addition et de barrage par des élèves de CP, C1.2, CM2, durant la journée et la semaine scolaire. Revue Française de Pédagogie, 47, 1979, p 48-58.
Testu F- Etude des rythmes scolaires en Europe. Les dossiers d’éducation et de formations, Ministère de l’Education nationale, Paris, 1994, 97.
Testu F.- Chronopsychologie et rythmes scolaires. Masson, Paris, 2000, 133.
Testu Fontaine R. L’enfant et ses rythmes : il est temps de changer l’école. Calman-Levy, Paris, 2001
Testu F.- Développement des fluctuations journalières de la vigilance chez des enfants français scolarisés de 4-5 ans, 6-jans et 10-11 ans. Soumis à publication 2002.
Testu F.- Recherche sur l’école du 21e siècle. Publiée en 2002.