Edito lettre La famille et l’école 14 février 2003
vendredi 14 février 2003, par
Les propos du ministre Luc Ferry selon lesquels « s’il n’y avait pas la jurisprudence du Conseil d’État, il interdirait le port du foulard dans les lycées » ont de quoi surprendre et inquiéter.
La jurisprudence du Conseil d’Etat est pourtant simple et conforme au principe de laïcité et à la réalité de notre société. En effet, le Conseil d’État dans son avis du 27 novembre 1989 a énoncé : « La liberté ainsi reconnue aux élèves comporte pour eux le droit d’exprimer et de manifester leurs croyances religieuses à l’intérieur des établissements scolaires, dans le respect du pluralisme et de la li-berté d’autrui, et sans qu’il soit porté atteinte aux activités d’enseignement, au contenu des programmes et à l’obligation d’assiduité. » Cependant, les élèves ne doivent pas arborer des signes religieux qui par leur caractère ostentatoire constitueraient un acte de pression, de propagande ou de prosélytisme.
Les personnels, eux, doivent faire preuve de neutralité. Ainsi, le ministre s’il n’y avait pas la contrainte du droit impo-serait de manière autoritaire un interdit coercitif dont il mesure mal la portée et les effets dans les établissements.
Ce foulard semble gêner le ministre actuel et même le précédent.
Pourquoi cette volonté de faire resurgir un débat déjà tranché ?
Le foulard inquiète. Faut-il rappeler la multiplicité du sens donné à celui-ci : expression d’une foi, volonté de marquer son identité culturelle et une tradition, vêtement porté sous la pression familiale et qui est souvent la condition pour les filles de poursuivre leur scolarité ou un moyen symbolique pour préserver leur image, leur dignité voire leur intégrité physique dans des cités où le comportement des garçons les angoisse ?
A chaque fois, il s’agit de jeunes filles d’origine maghrébine que l’on stigmatise et que l’on prend pour cible car elles se distinguent, marquent leur différence et sont à ce titre dérangeantes. D’ailleurs, n’est-il pas emblématique que désormais dans certains collèges et lycées, les élèves d’origine arabe soient désignés sous le terme « musulmans », qui fait référence à une religion, ce qui montre les dérives de la stigmatisation au sein de l’école.
La décision du Conseil d’État a permis de rétablir le calme dans les établissements. Revenir sur cette jurisprudence équilibrée conduirait à introduire des rapports de force, des conflits et à favoriser des tensions racistes.
La laïcité repose sur le respect des différences et des croyances individuelles, dès lors qu’elles ne font pas pression sur les autres et qu’elles n’entravent pas leur liberté. La laïcité doit être mise en œuvre en toute circonstance. La laïcité est le refus d’une contrainte imposée par une religion ou un groupe philosophique à l’ensemble des citoyens. En ce sens c’est un combat permanent. Cependant le principe de laïcité ne peut servir d’écran à des logiques visant à stigmatiser au nom de sa religion une population minoritaire dans un pays.
L’enseignement du fait religieux à condition qu’il garde un aspect historique et ne dérive pas vers un enseignement religieux peut être le fil conducteur d’un enseignement de la laïcité, principe fondateur de la liberté individuelle.
Faride Hamana
Secrétaire Général