Président de la FCPE
lundi 5 juin 2006, par
L’année qui vient sera une année d’enjeux forts. Nous devrons tenir sur deux fronts ? la fois. Celui de la résistance et celui de la construction.
60ème congrès national, à Périgueux, les 3, 4 et 5 juin 2006
Chers amis,
L’année qui vient sera une année d’enjeux forts. Nous devrons tenir sur deux fronts à la fois. Celui de la résistance et celui de la construction.
La résistance, d’abord, parce que cette année à venir pourrait bien être tout aussi noire que celle qui se termine ici.
Ce sera à coup sûr pour nous une nouvelle année de résistance aux mesures réactionnaires que l’on va continuer à nous servir. Tout en continuant d’embobiner les parents avec des arguments passéistes et une avalanche d’annonces destinées à semer la confusion.
Le ministre continuera à affirmer péremptoirement des contrevérités. Il arrive comme ça à convaincre l’opinion publique du bien-fondé des mesures idéologiques qu’il prend au service d’une minorité.
Mensonges et perversité !
Une année de résistance, donc, mais aussi de mobilisation pour l’avenir et de propositions.
Notre objectif, notre ambition de réussite pour tous les jeunes, il nous faudra l’imposer. L’imposer dans le débat qui va s’engager dans la perspective des échéances politiques de 2007 et même au-delà, celles de 2008.
Nous avons une autre Education nationale à construire ! Plus juste. Plus respectueuse de la diversité des enfants.
Plus que jamais, la FCPE se doit de conserver son indépendance, pour porter les exigences des parents d’élèves. Nous allons, à tous les niveaux, non seulement participer aux débats mais aussi les initier.
Et nous devrons faire en sorte d’être entendus.
Nous ne serons pas des faire-valoir. Nous ne serons pas des accessoires décoratifs que l’on pose à son gré sur les tribunes parce que « cela fait bien », pour se prévaloir de la caution des parents d’élèves.
On n’attire pas les mouches avec du vinaigre, on ne s’attire pas non plus l’appui des parents d’élèves avec de belles paroles !
Nous allons continuer à faire entendre notre voix ! Et crier plus fort s’il le faut !
Notre projet pédagogique est toujours entièrement d’actualité. Nous le ferons connaître encore et encore !
Depuis 60 ans, nous sommes riches d’idées et de propositions. Nous avons nos déclarations solennelles, les motions adoptées depuis, lors de nos congrès. Celles de cette année viendront les compléter. Ce sont des expressions claires de notre volonté.
Nous les porterons haut et fort, en toute occasion.
Nous en avons assez de l’immobilisme et de l’absence de courage politique en matière d’éducation !
Nous en avons assez des mesurettes, des remédiations par rapport à l’échec scolaire.
Il va bien falloir s’attaquer à ce problème ! Et pas seulement en distribuant de larges subsides, comme certains l’ont fait, pour calmer le jeu et faire que, surtout, rien ne bouge, rien ne change.
Les cautères sur des jambes de bois, ça suffit ! L’Ecole a besoin de moyens, oui, mais au service d’une volonté de faire réussir tous les jeunes.
Nous ne voulons plus entendre l’argument selon lequel l’Education nationale a besoin de temps. Il faut répondre maintenant aux besoins des jeunes d’aujourd’hui. Eux n’ont pas le temps ! Ca suffit, les promesses pour « plus tard » !
De même pour l’argument « il y a eu trop de réformes ». Quelles réformes ? Les cycles, par exemple ? Quand, où, comment cette réforme-là a-t-elle été appliquée ?
Ce que nous voulons, c’est une véritable politique de prévention de l’échec scolaire. La prévention en matière scolaire est aussi indispensable qu’en matière de santé ! Messieurs les garants de l’orthodoxie budgétaire, souvenez-vous qu’en matière d’éducation aussi, la prévention est source d’économies !
Cela dit, si notre actualité sera, à n’en pas douter, essentiellement occupée et même monopolisée par le débat politique, il ne faudra pas pour autant oublier que 2007, c’est aussi notre anniversaire à tous.
C’est le soixantième anniversaire de la FCPE. Et comme la retraite à 60 ans n’est désormais plus la règle, la FCPE ne se retirera pas du débat !
La « puissante FCPE », écrivait le Figaro il y a peu. Oui, nous en sommes convaincus, nous sommes puissants. Parce que nous sommes déterminés à poursuivre au jour le jour notre bataille pour l’égalité des chances.
60 ans, ce sera aussi l’occasion de prendre conscience des évolutions historiques et sociologiques qu’a connues la fédération.
Elle a été créée pour défendre la laïcité, cette lutte reste d’actualité. Mais au-delà, la FCPE est aujourd’hui à la croisée des mouvements familiaux et d’éducation populaire : c’est ce qui fait notre modernité.
Notre identité, c’est d’être un mouvement de parents d’élèves, un mouvement d’éducation populaire, un mouvement familial. Nous sommes ce mouvement qui place au cœur de son projet les enfants dans leur globalité.
Revendiquons d’autant plus le champ familial que certaines associations familiales tentent déjà, elles, de se faire reconnaître comme représentants des parents d’élèves dans les instances institutionnelles... Et parfois elles y réussissent. Avec des objectifs bien différents des associations de parents d’élèves en général et de la nôtre en particulier...
Qui d’autre que nous s’est battu contre le contrat de responsabilité parentale ?
Qui d’autre s’est battu contre les amendes pour cause d’absentéisme scolaire ?
Qui d’autre s’est battu contre le CPE ?
Qui d’autre se bat pour la prévention ?
Nous sommes dans l’action et la revendication sur tous ces champs-là.
Parce que nous savons bien que la réussite scolaire dépend étroitement de tout cela.
Parce que les familles ne sont pas démissionnaires.
Parce que les parents ne sont pas des consommateurs.
Parce qu’ils ont besoin qu’on les aide.
C’est aussi pour nous prémunir contre les tentatives dont je parlais que nous demandons que, dans le fameux décret promis par Gilles de Robien - vous savez, le fameux monstre du loch Ness parental, que personne n’a vu et dont tout le monde parle.
Nous exigeons que dans ce décret, la représentativité des fédérations nationales de parents d’élèves soit reconnue, défendue, affirmée.
Nous exigeons qu’on garantisse aux fédérations les moyens d’assurer leurs missions partout, y compris dans les écoles et établissements où elles n’ont pas de représentants élus.
Notre mission, c’est de nous intéresser à tous les parents d’élèves, sans exception.
Notre mission c’est d’être pour eux des recours.
Pour tous les parents, dans leur grande diversité.
Pour les parents qu’on ne voit jamais, qui ne viennent jamais à l’Ecole et qui ne sont pas pour autant démissionnaires.
Pour les parents qui galèrent pour que leur enfant handicapé soit scolarisé.
Pour les parents menacés d’expulsion parce que « sans papiers », qui sont aussi des parents d’élèves, et qui font confiance à l’Ecole de la République pour l’éducation de leurs enfants.
Nous devons même prendre en compte le mécontentement, l’impatience et le ras-le-bol des parents qui sont contraints pour de multiples raisons d’opter pour un établissement privé. Aujourd’hui, de nombreux jeunes sont contraints, pour suivre la formation de leur choix, de s’inscrire dans un établissement privé, seule ressource locale.
Le libre choix n’est pas à sens unique ! Le libre choix c’est aussi le droit de choisir l’Ecole publique !
Georges le disait en ouverture, notre revendication d’un grand service public unifié d’éducation n’est pas caduque. Bien au contraire !
En matière de respect des droits des familles, l’institution scolaire peut beaucoup. Elle peut notamment intervenir pour qu’on cesse d’enfoncer, d’isoler, d’exclure des élèves qui ont besoin au contraire d’être soutenus, encouragés.
Pour que cesse, par exemple, l’explosion du nombre de conseils de discipline. Et pour que, dans ces conseils, cesse la parodie de justice qui y est appliquée. On ne respecte aucun des droits qui devraient normalement être assurés à la défense - en l’occurrence à l’élève et à sa famille.
Je vous le disais au début de cette intervention, la FCPE a sa place dans les questions familiales.
Elle a aussi sa place dans les débats pédagogiques.
Pas pour contrôler le travail des enseignants ou leur imposer une méthode. Non, il ne s’agit que de cohérence. Ce que fait l’enseignant dans sa classe doit être compris par les parents. Pour que les enfants trouvent auprès d’eux un relais et une continuité par rapport à ce qu’ils font à l’Ecole.
Nous ne voulons plus qu’on brandisse l’argument de la pédagogie pour nous empêcher de nous mêler de ce qui nous regarde ! Combien de fois n’avons-nous entendu « c’est une affaire de professionnels. Circulez, y’a rien à voir ! »
Justement, être professionnel c’est être capable d’exposer aux parents le sens des apprentissages, les méthodes pédagogiques, pour éviter les incompréhensions et une angoisse légitime.
Parce que nous ne serons pas de trop, nous les parents, pour contrer les tentatives réactionnaires de retour aux « bonnes vieilles méthodes qui marchent ». On a abondamment parlé de la lecture et du b-a : ba. Le ministre a dit vouloir maintenant s’attaquer à la grammaire, au calcul... Le pire est à craindre !
Plus inquiétant, peut-être, une expérimentation, inspirée par le même courant traditionaliste, qui a si bien conseillé le ministre sur la lecture, pourrait être menée dès la rentrée prochaine, dans une trentaine d’écoles.
Il s’agit du projet SLECC. SLECC, ça claque, comme une règle sur des doigts !
SLECC comme « savoir lire écrire compter et calculer. Tout un programme ! Un programme qui s’oppose aux programmes officiels de 2002 pour le primaire. Et qui aurait obtenu quelques sous... Pas grand-chose, certes, 15 000 euros et 2 décharges d’enseignants, mais enfin, 15 000 euros pour 30 écoles... on aimerait bien avoir ça pour les autres aussi !
Le groupe de recherche qui mènera cette expérimentation promet aussi de produire des documents, des manuels, d’assurer des formations...
Nous ne sommes pas opposés à l’innovation. Nous avons même organisé notre colloque de novembre sur ce thème. Il y a des innovations pédagogiques que nous sommes prêts à encourager. Sous certaines conditions, bien sûr, notamment le respect des programmes. Il faut aussi que toute expérimentation soit expliquée aux parents, encadrée, pilotée et évaluée.
Oui, il y a des choses à faire pour innover dans le bon sens, en matière d’orientation, d’évaluation, de démocratie lycéenne, pour ne prendre que quelques exemples. Et au-delà de la pédagogie, en matière de reconnaissance de la place des parents, d’ouverture sur l’environnement local...
Mes amis, soyons extrêmement vigilants : ne laissons pas la droite la plus réactionnaire que nous ayons eue depuis l’après-guerre poursuivre son action de destruction de l’Ecole publique, car elle sera difficilement réversible.
Notre combat n’est pas théorique ou idéologique, comme voudraient le faire croire certains ministres. Nous nous battons pour le respect du droit des parents et, avant tout, pour le respect du droit des enfants.
C’est là notre champ d’action. Notre légitimité.
Qu’on ne vienne pas nous dire que l’avenir de nos enfants n’est pas de notre ressort ! Nous devons y mettre notre nez !
Qu’on ne vienne pas nous dire que la pédagogie est exclusivement affaire d’enseignants ! Nous avons notre mot à dire !
Qu’on ne vienne pas nous dire que deux millions d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté, qui ne peuvent pas étudier sereinement, ce n’est pas de notre compétence ! Cela nous concerne aussi !
Qu’on ne vienne pas nous dire que l’expulsion d’enfants scolarisés parce que leur famille n’a pas de papiers en règle, cela ne nous regarde pas ! C’est notre affaire ! Notre affaire à tous !
L’avenir de nos enfants est notre projet.
L’avenir de la jeunesse, de tous les jeunes d’aujourd’hui passe par l’accès à une formation de qualité qui permette à chacun de s’insérer dans la vie économique, sociale et citoyenne.
L’avenir de la jeunesse, c’est l’accès à l’autonomie et à des conditions de vie décentes pour des jeunes adultes.
2007 doit porter au cœur du débat politique la question de l’éducation et de la jeunesse.
L’éducation et la formation ne sont pas, comme le pense l’actuel gouvernement, une charge qu’il faut réduire à tout prix.
C’est un investissement pour l’avenir !
La réforme de l’institution scolaire doit être profonde. Au-delà de la question budgétaire, la véritable question est celle de la transformation du système éducatif.
C’est une question de justice et d’égalité de droits.
Cette transformation doit être véritablement construite, avec l’ensemble des acteurs concernés. Elle doit prendre en compte les évolutions récentes de la société, les aspirations de la jeunesse, les besoins du pays. Elle doit intégrer les nouveaux lieux de décision.
Ensemble, lors de notre prochain colloque, je vous propose que l’on travaille sur les nouveaux espaces de décision que sont les collectivités territoriales et sur l’éducation décentralisée. Ainsi, les parents pèseront plus sur les décisions politiques à cet échelon-là. Ils sauront aussi faire valoir leurs exigences pour les élections cantonales et municipales de 2008.
L’échéance la plus proche, c’est évidemment 2007. C’est là que les Français feront un choix de société.
Pour notre part, le choix est fait.
Nous ne voulons plus de cette société de plus en plus inégalitaire !
Nous voulons une société juste et solidaire !
Nous voulons une Ecole de l’égalité des droits ! Une Ecole démocratique !
Dès la rentrée, nous définirons ensemble les orientations fondamentales que nous proposerons aux candidats.
Mes amis, la FCPE, implantée partout sur le territoire, est une fédération forte !
Ensemble, nous pouvons peser sur les choix de société, sur les choix éducatifs !
Nous pouvons peser pour que tous les politiques prennent enfin conscience que l’éducation est la première priorité de la Nation !
Pour la FCPE, Ecole et inégalités ne sont pas une fatalité !
Merci à toutes et à tous.