Intervention de Marc Fourez

Président de la FCPE départementale de l’Hérault

samedi 26 mai 2007, par FCPE 34


Congrès de la FCPE nationale à Montpellier
Les 26, 27 et 28 mai 2007
Intervention de Marc FOUREZ,
Président de la FCPE départementale de l’Hérault

Monsieur le Président, cher Faride, mesdames et messieurs les administrateurs nationaux, Madame le Maire de Montpellier, Monsieur de Président du Conseil Général, Monsieur le Président du Conseil Régional, mesdames et messieurs les représentants de nos partenaires, syndicats et mouvements complémentaires de l’Education Nationale, et vous tous, délégués de l’ensemble des Conseils Départementaux, forces vives de notre fédération, chers amis, chers camarades, au nom du Conseil d’Administration de la FCPE 34 et de l’ensemble du comité d’organisation, j’ai le plaisir de vous accueillir à Montpellier pour le congrès du soixantième anniversaire de la Fédération des Conseils de parents d’Elèves des Ecoles Publiques.

Situés au coeur du Bas-Languedoc, les pays d’Hérault ont de tous temps représenté un cadre exceptionnel. Terre de contrastes, depuis le littoral lagunaire jusqu’aux montages du nord en passant par la grande plaine du centre-Hérault qui, s’adossant aux collines calcaires, constitue un gigantesque amphithéâtre naturel, le territoire actuel de notre département a très tôt offert à l’homme des conditions propices à son habitat mais aussi à ses déplacements.

La découverte d’outils en pierre taillée a permis d’attester de la présence humaine 700 000 ans avant notre ère. Les résidents successifs ont, chacun à sa manière, écrit une partie de notre histoire et nous ont légué un patrimoine inestimable : outils et ossements de Neandertal, gravures rupestres de Cro-Magnon, poteries du néolithique, élevage, métallurgie, villes, ports et voies de communications sont l’héritage des celtes, phéniciens, étrusques, grecs, volques, carthaginois, romains, wisigoths, germains, goths, arabes et francs.

Comme l’ensemble du pays, l’Hérault a vu son histoire marquée par des périodes de paix et des conflits sanglants, par des alternances de prospérité et de crises, brigandages, famines, peste noire au XIV ème siècle, et il a subi de manière particulièrement aiguë les guerres de religion. Ainsi, en 1208, le pape Innocent III appelle à la "croisade des albigeois" contre les Cathares, considérés comme hérétiques par l’Eglise de Rome. La folie meurtrière engendrée par l’intolérance religieuse trouvera son paroxysme le 22 juillet 1209 à Béziers, où la population entière est massacrée sur ordre du légat du pape, Arnaud Amaury, qui aurait déclaré
"Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens".

Huit siècles plus tard, intolérance et intégrisme religieux sont, hélas toujours d’actualité. Et si l’Edit de Nantes, en 1598, apporte la paix, dans un Languedoc ruiné, entre Béziers catholique et Montpellier protestante, sa révocation en 1685 embrase à nouveau le pays en ramenant terreur et désolation. Il faudra encore attendre bien longtemps avant que la Laïcité ne vienne constituer le ciment qui permettra de bâtir une société plus juste et plus paisible. En 1905, tous les députés héraultais voteront la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Dès le Moyen-Âge, la ville de Montpellier devient un haut-lieu du commerce international et un lieu d’enseignement réputé : ainsi, en 1289, le pape Nicolas IV crée l’université de médecine, art et droit. La qualité de l’enseignement montpelliérain est également reconnue par le roi Philippe le Bel, qui fait de Guillaume de Nogaret, alors professeur de droit, son chancelier.

Au XVIIème siècle, Louis XIV va faire de Montpellier la capitale du Bas-Languedoc. Pézenas accueille l’illustre théâtre de Molière, le ministre Colbert va engager la construction du port de Sète et donner son accord à la réalisation du chef d’oeuvre de Pierre-Paul Riquet, le canal du Midi, aujourd’hui classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité. La terre d’Hérault se verra donc dotée de voies de communication avant-gardistes, maritimes et fluviales, qui vont s’avérer déterminantes dans son développement, comme l’avait été quelques siècles auparavant la Voie Domitienne, tracée par les romains pour relier l’Italie à l’Espagne, et qui est aujourd’hui longée par l’autoroute A9. Le Languedoc va ainsi retrouver une prospérité qui durera jusqu’à la fin du XIXème siècle.

Le destin du département de l’Hérault est intimement lié à celui de la vigne et du vin. Au XIXème siècle, la viticulture connaît un formidable essor ; le paysage se transforme, le blé recule et la plaine devient une "mer de vigne", particulièrement autour de Béziers. L’industrie du vin est la plus importante du département, génératrice d’emplois directs et indirects dans la tonnellerie et l’activité portuaire pour l’import-export. L’Hérault est le département agricole le plus riche de France et le premier, après Paris, pour les dépôts en banque et à la Caisse d’Epargne.

La pêche, l’ostréiculture et le commerce maritime contribuent également au développement économique local.

En 1881, Montpellier va accroître sa réputation en matière d’enseignement en étant la première ville de France à ouvrir un lycée de jeunes filles, jusqu’alors privées d’études secondaires.

Mais le déclin de la viticulture se profile. Après la crise du phylloxéra, la monoculture de la vigne conduit à la surproduction et à une baisse des prix. Face à ces difficultés, les petits vignerons vont mettre en avant les vertus de la solidarité et de l’action collective. Le premier syndicat agricole naît à Marsillargues en 1889 ; la première cave coopérative de France est créée à Maraussan le 23 décembre 1901, sous le sigle des Vignerons Libres, et avec comme slogan sur le fronton : " Chacun pour tous, tous pour chacun". Les conditions deviennent de plus en plus difficiles, et dès 1903, la crise plonge dans la misère les familles d’ouvriers agricoles et des petits propriétaires. Jugeant au premier chef la fraude responsable de la mévente de leur vin, les viticulteurs du midi réclament l’application de la loi.

En 1907, il y a tout juste un siècle, le midi se soulève. Le 26 mai, 250 000 personnes se rassemblent à Carcassonne autour de Marcellin Albert et Ernest Ferroul, figures emblématiques de la "révolte des gueux". Et le 9 juin, devant 500 000 manifestants, Ferroul, Maire de Narbonne, annonce la démission en masse des maires et prône la désobéissance civique. Le 17 juin, Clemenceau fait envoyer l’armée, les 18 et 19 juin, la troupe tire sur les manifestants, transformant un contexte de manifestations pacifiques en situation insurrectionnelle. Dans la nuit du 20 au 21 juin, le 17ème Régiment d’Infanterie, transféré à Agde, se mutine et rejoint Béziers, les soldats fraternisent avec les viticulteurs au nom du principe : "on ne se tue pas entre Français." Clemenceau cède en partie sur le sucrage et le négoce des vins, mais envoie en représailles les mutins dans le Sahara tunisien. Le département de l’Hérault et ses voisins l’Aude, le Gard et les Pyrénées-Orientales, garderont le surnom de "Midi rouge".

Le XXème siècle, marqué par deux guerres mondiales, voit, dans ses années les plus sombres, une figure incarner la Résistance : c’est le biterrois Jean Moulin, qui mourra, torturé à mort par la gestapo à Lyon. Situé en "zone libre", le département reçoit des dizaines de milliers de réfugiés, Français du nord, militaires belges et tchèques, provenant de la zone occupée. Quelques années auparavant, 20 000 républicains espagnols, fuyant le franquisme, avaient trouvé asile dans l’Hérault. Des années plus tard, ce sera entre 20 et 30 000 pieds-noirs qui s’installeront dans le département ; d’autres suivront, générant un flux migratoire ininterrompu qui voit aujourd’hui la population de l’Hérault dépasser le million d’habitants, perpétuant son statut multimillénaire de terre d’accueil.

Le département évolue. Déjà, des viticulteurs talentueux ont tourné la page de la production intensive et ont redonné au vignoble héraultais sa place parmi les meilleurs terroirs. Ils produisent des vins qui se situent qualitativement au niveau des meilleurs crus, qu’ils soient bordelais, bourguignons ou rhodaniens. De même, le développement dans l’arrière-pays du tourisme vert permet de découvrir, loin des stations balnéaires et du sable fin, les multiples facettes de la terre d’Hérault. Il faut suivre un cours d’eau cheminant dans des gorges, pour découvrir, au détour d’un méandre, nichée dans un cirque naturel, l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, joyau de l’art roman, inscrite elle aussi au patrimoine mondial de l’humanité. De la garrigue jusqu’aux profondes forêts de châtaigniers, en passant par le vert argent des oliviers et le jaune éclatant des tournesols, du rouge ocre de l’argile et de la bauxite au blanc éclatant des falaises calcaires, c’est, avec la déclinaison infinie des bleus de la mer, des étangs, des rivières et du ciel, un symphonie de couleurs qui s’offre aux regards. Tout semble inciter au farniente, à savourer la douceur de vivre. Et pourtant,...

Ces dernières décennies, les effets conjugués de cette démographie exponentielle et de la crise socio-économique que notre pays traverse ont fait quitter à l’Hérault le haut du tableau pour rejoindre le peloton de queue en terme de réussite aux évaluations et aux examens. Le département occupe la peu enviable première place en pourcentage de familles classées défavorisées au niveau du coefficient socioprofessionnel. Ces paramètres, factuels et incontestables, semblent malheureusement n’être que trop peu souvent pris en compte par l’Education Nationale.

Lorsque la situation devient intenable, lorsque nos revendications ne trouvent pas d’autre endroit pour être entendues, peut-être est-ce un réflexe naturel du Midi rouge qui nous fait descendre dans la rue. Ainsi, début 2000, après des manifestations de grande ampleur, 10 000, puis 15 000, puis 25 000 personnes à Montpellier, puis 35 000 à Nîmes, dans lesquelles la FCPE a été largement partie prenante, nous avons pu, avec nos camarades des départements voisins, arracher au ministère Allègre un plan de rattrapage et de développement pluriannuel pour notre académie.

Aujourd’hui, il s’avère que les postes obtenus de haute lutte ont été absorbés par l’augmentation de la démographie scolaire, et ceci, conjugué à une application zélée de la politique d’économies budgétaires initiée par le gouvernement et relayée par l’Académie, entretient un climat de tension peu propice à la sérénité des membres de la communauté éducative, et surtout extrêmement préjudiciable à la réussite des élèves.

Les élections régionales de 2004 ont vu la Région Languedoc-Roussillon basculer à gauche, et nous avons pu voir des revendications historiques de la FCPE se concrétiser avec la mise en oeuvre, par la majorité régionale actuelle, d’un plan de construction de dix lycées, et avec la mise en place de la gratuité des manuels scolaires dans les lycées, ainsi que le matériel de base pour les élèves de lycée professionnel.

Notons au passage que cette avancée sociale incontestable n’a pas été sans effets sur le quotidien de la FCPE 34. La disparition des bourses aux livres qui en a découlé a vu notre nombre d’adhérents passer de 8300 en 2003 à 2700 aujourd’hui, et je tiens à saluer la sagesse du Conseil d’Administration, et particulièrement de notre Trésorier, Philippe Gimenez. Notre analyse objective et une prévision réaliste de l’évolution de nos effectifs, nous ont conduits à prendre des mesures appropriées qui, combinées à une gestion rigoureuse, nous permettent d’avoir toujours une situation financière saine et de conserver notre capacité à agir. Dans un environnement qui évolue, parfois dans le bon sens, trop souvent dans le mauvais, nous devons être réactifs et capables de nous adapter, afin de porter toujours et toujours mieux les valeurs de Laïcité et de justice sociale qui nous sont chères. Avec 6 sièges sur 7 en CDEN, et 7 sièges sur 8 au niveau régional en CAEN, la FCPE s’est naturellement imposée comme une composante incontournable au sein de la communauté éducative.

Nos revendications, certes nombreuses, sont toujours légitimes. Ainsi, dans un département qui présente de grandes concentrations urbaines, avec des quartiers dits "sensibles" en périphérie, mais aussi des secteurs ruraux et des zones de montagne, les distances pour se rendre dans un établissement scolaire sont parfois importantes. Compte tenu de la situation socio-économique des familles, la mise en place de la gratuité des transports scolaires nous semble indispensable. De même, dans un tel contexte, supprimer la carte scolaire reviendrait à ouvrir la boite de Pandore et engendrerait une ghettoïsation extrême des établissements les plus en difficultés. Bref, dans l’Hérault comme partout ailleurs, la FCPE est toujours mobilisée.

Alors, il nous semble tout à fait judicieux que notre fédération, fêtant son soixantième anniversaire, ait préféré choisir, pour symboliser son inlassable combat contre les inégalités et pour une école plus juste, pour la réussite de chaque enfant, le midi viticole à une ville d’eau. Gageons que le vin d’ici est meilleur que l’eau de là...

Excellent congrès à toutes et tous.

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