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Intervention d’ouverture par Georges Dupon-Lahitte

Président de la FCPE

samedi 3 juin 2006, par FCPE 34


60ème congrès national, à Périgueux, les 3, 4 et 5 juin 2006

Intervention d’ouverture par Georges Dupon-Lahitte, Président de la FCPE

Chers amis, chers camarades,

Cette année scolaire est à marquer d’une pierre noire.

Rarement on aura vu tel acharnement, tel cynisme, tel mépris envers les jeunes, envers leurs familles, envers les enseignants qui refusent la fatalité de l’exclusion scolaire et sociale.

Nommé le 2 juin 2005, l’actuel Ministre de l’Education nationale avait pris l’engagement de mettre « toute sa capacité d’écoute et de dialogue au service de ce ministère ».

Il promettait : « Quand j’aurai entendu tout le monde, je prendrai des décisions pour le meilleur résultat possible dans le meilleur esprit possible ».

L’entreprise de séduction a été de courte durée.

Mis en demeure d’appliquer sans délai la loi Fillon qui avait précipité le départ de son auteur, il troqua sans sourciller la concertation pour la précipitation, présentant au Conseil Supérieur de l’Education du 7 juillet une avalanche de textes, rendant impossible toute réflexion et tout débat sérieux.

Invité à notre journée des présidents, il se répandait en compliments sur les parents d’élèves -je cite-« pleinement membres de la communauté éducative, premiers éducateurs, interlocuteurs privilégiés et permanents des enseignants, auxquels il promettait un texte « qui sera un socle de référence ». Nous l’attendons encore, et j’en reparlerai plus loin.

Nous avions raison -mais c’est devenu, par delà les gouvernements, une sage précaution- nous avions raison de rester vigilants.

Car très vite les paroles apaisantes furent oubliées : il était temps, pour le Ministre -professeur, de siffler la fin de la récréation.

Et siffler la fin de la récréation, c’est d’abord mettre au pas cette jeunesse turbulente, à laquelle il faut réapprendre les vraies valeurs, face à laquelle il faut rétablir une autorité qui lui fait défaut pour qu’elle retrouve le chemin du travail.

Il faut débarrasser nos écoles de celles et ceux qui n’ont rien à y faire : n’ayant aucun goût pour les études, il faut leur occuper les mains.

Exonérant l’Ecole de toute responsabilité d’échec, il pointe du doigt la société. L’échec, c’est celui de l’élève et de sa famille.

Ce sont donc eux qui, en priorité absolue, seront l’objet de la « sollicitude » ministérielle.

Des violences urbaines de novembre dernier, le gouvernement n’a rien vu venir. Aux véritables poudrières que constituaient et constituent toujours les territoires ghettoïsés, gangrenés par le chômage massif des jeunes, les propos provocateurs du Ministre de l’Intérieur et indignes d’un homme d’Etat ont servi de détonateur.

Et il est faux de prétendre que nul n’avait donné l’alarme.

De certains élus locaux à de nombreux responsables associatifs, en commençant par les militants FCPE, les avertissements n’ont pas manqué.

Certaines zones connaissaient, et connaissent toujours, une situation explosive.

Le Ministre de l’Intérieur aurait bien voulu y voir un complot : ses propres services de renseignements l’ont démenti.

Cette soudaine flambée de violence, déclenchée par la mort de deux jeunes gens affolés par la pression policière, aurait dû constituer un avertissement pour le gouvernement.

Finalement, il n’en a rien été.

Le Premier ministre a répondu, dans l’urgence et l’improvisation, par un plan en cinq points, destiné, selon ses propres termes, à faire de l’année 2006 l’année de l’égalité des chances.

Qu’on en juge.

Outre la création d’un grand service public de l’orientation, qui est toujours dans les cartons, quatre mesures exceptionnelles furent annoncées :
- l’apprentissage à quatorze ans ;
- le renforcement des ZEP ;
- l’évaluation de la maîtrise de la lecture avancée du CE2 au CE1 ;
- la responsabilisation des parents d’élèves absentéistes.

On est pris de vertiges quand on se penche sur le gouffre qui sépare ces quelques mesurettes de la situation d’abandon dans laquelle se trouvent des milliers déjeunes.

Nous aurions pu, a minima, nourrir quelque espoir à voir le ministre se préoccuper de l’avenir des zones d’éducation prioritaire. Pourtant :
- aucun bilan sérieux de la situation actuelle ;
- aucune référence aux rapports rédigés à ce sujet, dont le toujours actuel rapport « Moisan-Simon » dont le titre : « les déterminants de la réussite scolaire en zone d’éducation prioritaire » était significatif de l’orientation que les auteurs de ce rapport souhaitaient donner à l’action engagée dans ces zones ;
- aucun moyen supplémentaire, bien au contraire, puisqu’on prive tous les collèges d’une partie du temps consacré à la prévention de l’échec scolaire pour l’affecter aux collèges « ambition réussite ». Quoi qu’en dise le ministre dans son discours du 8 février 2006, il s’agit bien de « déshabiller Paul pour habiller Jacques » !
- aucune leçon tirée des événements récents, puisque le ministre de l’Education nationale définit une « nouvelle logique » qui, selon lui, « consiste à ne pas découper des zones, mais à définir des publics, selon des critères homogènes et plus précis. »
Et il ajoute : « II s’agit avant tout de s’intéresser aux personnes, et d’agir sur tous les leviers disponibles pour améliorer leur situation ».

La politique des ZEP, perfectible mais si injustement décriée par certains, s’est-elle jamais désintéressée des individus ?

Comment ne pas voir, dans les propos du Ministre, une contradiction entre le fait de gommer la logique de zone, pour affirmer un peu plus loin qu’il faut « agir sur tous les leviers disponibles ».
Et où se trouvent ces leviers, sinon dans la capacité à agir, non seulement à l’Ecole, mais sur son environnement, sur le logement des familles et donc le confort des élèves, sur les équipements socioculturels, sur la prise en charge péri-éducative des jeunes, sur le tissu économique du territoire qui doit réduire le chômage ?

Faut-il renvoyer le Ministre de l’Education nationale à la lecture salutaire des textes fondateurs de son prédécesseur Alain SAVARY : « La politique des zones prioritaires [...] constitue un instrument privilégié de lutte contre les inégalités devant l’école et, plus généralement, contre les inégalités sociales [...] c’est pourquoi il faut rechercher ...tous les moyens d’une intervention multiple dont les effets conjugués ne peuvent que se renforcer... ».

Mais plus encore, comme nous l’avons déjà écrit, il faut être profondément convaincu que toute politique éducative, dans ce domaine, quels que soient les moyens accordés, ne sera couronnée de succès que si l’institution scolaire est porteuse d’une dynamique de changement radical en termes de démarche pédagogique, de modification profonde de la relation du jeune avec son ou ses enseignants.

Il n’y aura pas d’amélioration durable si l’on n’est pas persuadé que tout jeune est éducable, et que chacun d’entre eux a droit à beaucoup plus, et réclame beaucoup plus, qu’une simple trousse de secours rudimentaire.

Il n’y aura pas de transformation profonde si l’on ne se décide pas à s’attaquer à une rénovation radicale de la mission des enseignants, qui doivent passer du temps à vérifier auprès de chacun des élèves que les connaissances qu’ils transmettent sont acquises, et mettre en place pour cela les dispositifs de remédiation et d’accompagnement nécessaires.

De ce point de vue, et depuis des années, c’est le courage politique qui manque, le courage politique de dire aux enseignants : mettez vos actes pédagogiques en cohérence avec vos déclarations de principe sur le droit à la réussite de tous les jeunes.
Mettons en place une nouvelle organisation de l’école qui, parce qu’elle s’adressera en priorité à ceux qui sont en difficulté, profitera à tous.

De nombreux enseignants y sont prêts : il faut se servir de ce levier pour faire bouger une machine qui s’ankylose et qui, finalement, se satisfait d’une politique qui exclut sans ménagement ceux qui n’ont pas été fabriqués dans le moule.

A la FCPE, nous ne cessons de le dire, de le répéter.

Nous nous obstinerons.

A l’approche d’échéances électorales décisives, nous interpellerons celles et ceux qui ont pour ambition de diriger le pays.

Nous le ferons, comme d’habitude, sans complaisance et sans attitude partisane, sur la base de nos principes, de nos objectifs, de nos convictions, sur la base du projet éducatif que nous avons collectivement élaboré.

Que chacun en soit bien persuadé : nous sommes, à la FCPE, plus que jamais, en situation de mobilisation permanente, de véritable résistance, car notre conception éducative se situe aux antipodes de celle qui est développée par le gouvernement.

Il faut, disons le tout net, revenir aux premiers mois du ministère Allègre pour retrouver quelques moments d’embellie, une époque où il y eut confrontations, parfois conflits, mais en tout cas véritable dialogue.
Il nous semblait qu’enfin la politique menée commençait à appliquer, pour les parents d’élèves, la loi d’orientation de 1989, en les reconnaissant pleinement comme membres permanents de la communauté éducative.

Ensuite, ce ne fut qu’attentisme, puis abandon de toute ambition éducative par des ministères qui n’avaient accepté le porte-feuille de l’éducation que par défaut, pour en arriver, finalement, à une remise en cause d’un service public d’éducation qui soit celui de toutes et de tous.

L’apprentissage à quatorze ans, ou l’apprentissage junior -ça passe mieux dans les médias et ça fait plus jeune ! -en est un révoltant exemple.

Sur cette question, il n’y a, pour la FCPE, aucun argument qui tienne, aucune concession qui soit possible, aucune négociation qui soit envisageable, aucun compromis qui soit acceptable. Il est inutile de tergiverser.

Là-dessus, nous tiendrons bon, parce que c’est, très profondément, le parent d’élève, le responsable de ses enfants et des jeunes de ce pays qui s’insurge violemment contre la pire des injustices, celle qui consiste à priver le jeune de son droit à l’éducation, de son droit à progresser, de son droit au meilleur niveau de qualification possible.

Je vous renvoie, à cet égard, aux multiples communiqués que nous avons diffusés, aux déclarations communes que nous avons signées, à la lettre ouverte que nous avons adressée au Ministre de l’Education nationale.

Voici ce que nous écrivions, le 8 novembre 2005 :

« A ceux qui ne peuvent se couler dans le moule, le gouvernement répond : puisque vous n’êtes pas capables, puisque l’Ecole vous ennuie, puisque vous ne savez pas vous soumettre au modèle culturel dominant, alors, dehors ! Au travail !

Avec quelle formation ? Pour quel avenir professionnel ?

Le gouvernement n’en a cure. Dépassé par les événements, il s’affole, pare au plus pressé, veut rassurer en ressortant ses vieux oripeaux pédagogiques.
Décidément, ce gouvernement n’a rien compris ou ne veut pas comprendre : à une jeunesse qui demande plus d’aide, plus de considération, plus d’éducation, il offre une politique de l’abandon et du mépris qui porte les germes de tensions sociales futures encore plus graves.

Comment, dans ces conditions, ne pas craindre le pire ? »

Nous n’allons pas nous réjouir que la suite, malheureusement, nous ait donné raison.

Fallait-il être devin pour craindre que la situation n’empire ?

Sûrement pas.

Mais il fallait être, jusqu’à l’aveuglement, bardé de certitudes, sûr de soi et dominateur, plus animé par esprit de revanche politique que par sens du service de l’Etat pour persister à conduire une politique qui, rarement, fut à ce point marquée par la logique d’exclusion et de mépris de la jeunesse.

Exclusion, le mot clé de ce gouvernement !

Exclusion des jeunes confinés à la marge des grandes villes, ou dans la pauvreté culturelle et sociale de certaines zones rurales !

Exclusion brutale de la jeunesse issue de l’immigration, sans ménagement et avec le plus parfait cynisme.

Exclusion massive des jeunes du marché du travail, essentiellement... parce qu’ils sont jeunes, donc inexpérimentés.

Exclusion des jeunes qui n’ont pas, comme disent nos bons esprits, de « goût pour les études abstraites ». C’est ce qu’on appelle, ni plus ni moins, de l’apartheid scolaire ou de l’épuration pédagogique.

Exclusion systématisée par des conseils de discipline revus et corrigés pour l’occasion.

Exclusion programmée et tentée comme mode de régulation du travail des jeunes avec le contrat première embauche !

Là aussi, que n’a-t-on dit de la FCPE, accusée en vrac de se mêler de ce qui ne la regardait pas, accusée de manipuler la jeunesse, accusée d’être toujours contre, accusée de faire de la politique politicienne.

A ceux qui acceptent d’entendre, je redis les choses, calmement et simplement :
- C’est en tant que fédération de parents d’élèves que la FCPE s’est opposée au CPE. C’est la voix de parents d’élèves responsables, pleinement dans leur rôle de parents, qui refusent qu’on offre aux jeunes la précarité comme seul horizon, qu’elle s’honore d’avoir porté.
- Les jeunes, elle les a invités à débattre entre eux, démocratiquement, des problèmes qui les concernent directement, c’est-à-dire de leur avenir. Elle n’est pas intervenue dans leurs débats internes, elle a dialogué d’égal à égal avec leurs organisations représentatives. Elle a veillé à leur sécurité quand celle-ci était compromise, soit par des éléments extérieurs, soit par des forces de l’ordre qui répondaient à des manifestations pacifiques par une brutalité révoltante.

Pour tout dire, la FCPE est particulièrement fière d’une jeunesse qui -très massivement- a répondu au mépris par un engagement responsable, par une attitude qui est l’antidote de l’infantilisme dans lequel on voudrait la confiner et de l’irresponsabilité à laquelle on voudrait la réduire.

Oui, chers amis, nous sommes fiers de cette jeunesse là !

Et pourtant, elle a bien du mérite !

Dès la prime enfance, certains voudraient bien la ficher en stigmatisant ses moindres écarts pour en faire des délinquants programmés.

Les mêmes, et dans le même esprit, voudraient bien se débarrasser définitivement de l’ordonnance de 1945 et rabaisser la majorité pénale à seize ans.

Dans son avant projet de loi sur la prévention de la délinquance, le Ministre de l’Intérieur aurait écrit : « La sanction est incontournable, elle est la première étape de la prévention ».

Nous pensions, nous, innocemment, que la prévention avait pour objectif d’éviter l’infraction, et donc de rendre la sanction inutile.

Eh bien non ! La méthode qu’on applique à la jeunesse, c’est maintenant :

Je punis d’abord, j’explique après.
Je sanctionne tout de suite : car un jour ou un autre, tu seras un délinquant, mon fils !

Cela nous rappelle cette répugnante plaisanterie misogyne : « Si tu ne sais pas pourquoi tu bats ta femme, elle, elle le sait ».

Bref, par nature, cette jeunesse est dangereuse, turbulente, déviante, perverse.

Il faut donc canaliser cette énergie inquiétante, étouffer cet enthousiasme suspect, encadrer cette vitalité débordante.

Les parents ? Même traitement !

On va leur apprendre ce qu’est la responsabilité parentale !

Sont-ils déficients, débordés, dépassés, accablés ou assommés par une situation familiale ou économique insurmontable ?

Non, ils sont, globalement, irrémédiablement coupables.

Coupables de ne pas s’occuper de la scolarité de leurs enfants, alors que par ailleurs ils sont interdits d’entrer à l’Ecole.

Coupables de ne pas lutter contre l’absentéisme de leurs enfants, alors que l’Ecole exclut, décourage, désespère quand elle oriente par l’échec ou quand la société impose aux jeunes de travailler à côté pour compléter le budget familial ou se faire un peu d’argent de poche.

Coupables quand ils sont responsables et donnent de la voix pour exprimer leur désaccord. Ils seront alors sanctionnés pour « trouble porté au fonctionnement d’un établissement scolaire ».

La préfiguration d’une « police des familles », voilà ce qu’est, en réalité, le contrat de responsabilité parentale, auquel la FCPE continuera de s’opposer sans faiblesse.

Mais qui sont-ils, ces responsables politiques pour se poser en donneurs de leçons, pour se faire, envers la jeunesse, leur famille, et l’ensemble des citoyens, les hérauts d’une autorité retrouvée qui s’instaure en gendarme de la morale ?

Mais qui ose nous parler de morale ?

- ceux dont l’ambition personnelle et la haine qu’ils se portent mutuellement s’exhibent sans vergogne au plus haut niveau des responsabilités ?
- ceux qui, y compris au sein même du service public de l’information, transforment celui-ci en gigantesque « mercato » où journalistes et animateurs s’achètent, se vendent, se monnayent à prix d’or comme des joueurs de foot-ball
- ceux qui vantent à la jeunesse la précarité comme une faveur, mais dilapident les fonds publics en mettant en faillite leur entreprise, non sans avoir au passage, récolté un confortable matelas de stock-options ?
- celui qui, au plus haut sommet du pouvoir, complète des lois d’amnistie pour blanchir ses amis politiques ?

Est-ce cela l’exemplarité qu’on propose à notre jeunesse ?

Faut-il s’étonner qu’une minorité d’entre elle ait succombé aux mirages du trafic souterrain quand on lui donne comme modèle dominant de réussite sociale le triomphe et la notoriété par l’argent, l’enrichissement à tout prix et par tous les moyens ?

Tout cela suscite dans notre fédération un profond sentiment d’écoeurement.

Plus même : un sentiment de colère et de révolte.

Mais la force qui se dégage de notre engagement collectif nous permet de dépasser le découragement et la lassitude.
A la résignation de certains, nous opposons la volonté - je dirai même le devoir- de résister, de tenir bon, avec toutes celles et ceux qui n’acceptent pas qu’en affaiblissant le service public d’éducation, on fasse délibérément l’impasse sur l’avenir de milliers de jeunes, de milliers de familles pour qui l’Ecole publique est le seul instrument de promotion sociale, professionnelle et personnelle.

Mais elle est plus encore que cela ; elle est aussi, et c’est une de ses dimensions fondatrices, le lieu où les jeunes apprennent à vivre et à travailler ensemble, d’où qu’ils viennent et quels qu’ils soient.

L’Ecole publique est le creuset de la mixité sociale, là où s’exerce cette laïcité exigeante qui apprend à respecter l’autre, à accepter que l’autre ait parfois raison, qui apprend à sortir de l’emprise de l’opinion pour apprendre à penser par soi-même.

Elle est éminemment un lieu d’éducation, et elle l’a toujours été : cet espace privilégié d’accession à la vie collective, à la vie sociale, où on apprend à grandir, à s’apprécier, à se reconnaître par la coopération, l’entraide, la solidarité et le sens du travail en équipe.

Gilles de Robien est ministre de l’Education nationale. Avec son collègue ministre délégué à l’enseignement supérieur, il est garant du fonctionnement et de la promotion du service public d’éducation, dont le devoir est d’accueillir tous les élèves, sans exception.

Pour autant, on aura rarement vu des ministres se manifester de manière si ostensible dans les établissements d’enseignement privé et auprès de leurs responsables.

Rarement on aura vu un ministre multiplier les cadeaux à un réseau qui bénéficie des deniers de l’Etat - et donc du contribuable - sans que pèsent sur lui les contraintes de l’enseignement public. Il arrive même que certain sénateur de l’opposition lui donne un très sérieux coup de main...

Je vous le demande : à qui faire confiance ?

Plus que jamais, comptons d’abord sur la vitalité de nos propres forces, préservons comme nous l’avons toujours fait notre indépendance de réflexion et d’action !

Si les établissements d’enseignement privés remplissent une mission de service public, alors, allons jusqu’au bout : discutons de leur intégration dans le service public, car entretenir deux systèmes d’enseignement concurrentiels, non seulement entretient la ségrégation scolaire, mais constitue de plus un véritable gâchis pour la Nation.

Mais dès lors que le ministre de l’Education nationale et les responsables de ces établissements privés nous opposent je ne sais quel caractère propre, alors on change de terrain, et on se place délibérément sur celui de l’idéologie.
Cette idéologie n’est pas la nôtre, et s’y référer pour justifier un réseau d’enseignement concurrentiel, c’est pour un ministre de la République, être en contravention avec le respect de la laïcité de l’Etat.

Il contrevient également à la nature même du service public d’éducation quand il est complice, par solidarité gouvernementale, de l’accroissement de la privatisation du réseau d’établissements français à l’étranger.
Et le gouvernement poursuite la même logique lorsqu’il réduit de façon drastique les moyens de l’enseignement agricole public, et fait ainsi le lit du privé.
Sur ces plans-là aussi, et en toute cohérence, la détermination de la FCPE est inentamée :
- nous exigeons le droit la gratuité de l’enseignement pour les enfants Français à l’étranger : cet engagement est désormais clairement partagé avec le SGEN-CFDT, le SNUipp, le SNES, le SE-UNSA et l’Association Démocratique des Français à l’Etranger, organisations avec lesquelles nous avons signé une déclaration qui proclame notre volonté commune d’atteindre à terme la gratuité pour tous.
- Nous exigeons que tous les moyens de la puissance publique soient mis à la disposition du développement et de la promotion de l’enseignement agricole public. C’est le sens des initiatives que nous avons prises récemment avec le SNETAP.

Vous l’avez compris :
Parce qu’elle est seule porteuse de l’aspiration à l’égalité entre les jeunes, à la justice sociale, à l’éducation à la responsabilité, à la liberté, à la solidarité, l’unification du service public d’éducation nationale, laïque et gratuit, reste un objectif et une revendication fondamentale de la FCPE !

Idéologue quand ça le sert ou cela sert sa famille de pensée, le ministre de l’Education nationale n’hésite pas à manipuler et à triturer le concept quand il s’agit de régler quelques comptes.

Ainsi déclare-t-il, à la convention de l’UMP pour l’éducation, le 22 février 2006 : il faut « sortir de l’idéologie du pédagogisme » qui a « déconsidéré les apprentissages élémentaires » et a été « imposée aux enseignants ».

Si l’on comprend bien, le ministre lance un sos-éducation pour sauver les lettres...

Qui vise-t-il et que cherche-t-il ?

Qui vise-t-il d’abord ?

Il vise les pédagogues qui affirment deux choses, simultanément :
- 1 - Tous les élèves peuvent apprendre.
- 2 - Nul ne peut obliger un élève à apprendre contre sa volonté.
Engagés à la fois par cette conviction et par ce constat, les pédagogues recherchent, inventent les démarches et les procédures diversifiées qui défrichent pour chaque élève le chemin de la réussite. Comment ne pas avoir, à ce moment, une pensée affectueuse pour notre ami et camarade Jacques GEORGE, militant syndical au SGEN-CFDT, militant pédagogique au CRAP-Cahiers pédagogiques, récemment disparu ?

Que cherche-t-il ensuite ?

Il cherche à discréditer les dits pédagogues, car ils militent pour un modèle d’Ecole, d’Ecole pour tous, d’Ecole démocratique, modèle totalement à l’opposé de celui que prône l’actuelle majorité politique : celle-ci ne rêve que d’une chose, reconstituer l’élitisme républicain, réservant la voie générale, seule voie d’excellence, à une jeunesse élue, tout en réservant des strapontins à quelques boursiers méritants, en guise d’alibi démocratique.

Voilà la réalité crue, limpide : pensez simplement à l’apprentissage à 14 ans, à la découverte professionnelle en 3eme, à l’orientation masquée en fin de 5eme.

Par ce discours démagogique, qui le ministre cherche-t-il à berner ?
Prendrait-il les parents pour des imbéciles ?
Doit-on lui conseiller la lecture édifiante de quelques grands pédagogues, ceux qui, en priorité, ont pris en charge l’éducation des enfants dont personne ne voulait, les exclus, les réfractaires, les nuls, les violents, les malpolis, les malpropres, les rebelles, les insoumis : Pestalozzi, Cousinet, Albert Thierry, Jean Zay, Célestin Freinet, Fernand Oury, Germaine Tortel, Makarenko, et tant d’autres !

De peur d’être impertinents, restons-en au « révolutionnaire » Jules Ferry, que ne devrait pas désavouer le ministre de l’Education nationale.

Car celui qui n’était alors - si l’on peut dire - que ministre de l’Instruction publique, tenait les propos suivants, dans un discours prononcé le 2 avril 1880 :

« Les méthodes nouvelles qui ont pris tant de développement, tendent à sa répandre et à triompher : ces méthodes consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver. Elles se proposent avant tout d’exciter et d’éveiller la spontanéité de l’enfant, pour en surveiller et diriger le développement normal, au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il ne comprend rien ».

Question au ministre de l’Education nationale : faut-il bannir Jules Ferry de la formation des maîtres pour idéologie pédagogiste ?

En pédagogie, tout le monde est perfectible, même Gilles de Robien ! Prenons par exemple la surréaliste polémique sur l’apprentissage de la lecture qu’il a sciemment provoquée, avec l’aide de quelques conseillers qu’il est allé dégoter dans les pires officines conservatrices.

Ce faux débat, monté de toutes pièces, avait en fait un triple objectif, finalement très éloigné des problèmes d’apprentissage de la lecture :
- II fallait d’abord remettre sur les rails la frange la plus réactionnaire du champ éducatif ;
- II fallait ensuite détourner l’attention des vraies difficultés qui plombent le système éducatif en braquant les projecteurs sur un thème porteur et médiatique : « la guerre des méthodes » ;
- II fallait enfin instrumentaliser l’angoisse légitime des parents sur ce sujet, en accumulant contrevérités et réponses simplistes, pour éviter de répondre sur le fond à un problème complexe qui remet en cause la formation des maîtres, le cloisonnement pédagogique, et replace en première ligne la question de savoir pourquoi la mise en place des cycles - et notamment celui des apprentissages fondamentaux - est restée lettre morte.

Il était effectivement moins risqué de faire monter en neige les idées reçues, les clichés, les stéréotypes, que de traiter les vraies questions.

Macaquerie !

Une fois de plus, belle opération de diversion, à laquelle la FCPE a répondu, en compagnie d’organisations syndicales et de mouvements pédagogiques : un quatre pages « apprentissage de la lecture » est en cours d’élaboration : dès la rentrée scolaire prochaine, toutes les organisations, associations et mouvements qui ont participé à la confection de ce document appelleront à des réunions d’information systématiques parents-enseignants de cours préparatoire (ou mieux, de l’ensemble du cycle grande section de maternelle, CP-CE1).

Oui, les parents s’intéressent à la pédagogie.

Ils ont même l’intention de s’y intéresser de plus en plus.

Comment d’ailleurs, pourraient-ils rester indifférents à la façon dont leur enfant apprend, à la façon dont on l’aide à apprendre, à la part qu’ils peuvent et doivent prendre, en tant que parents, dans ces apprentissages ?.....

Ah ! Ces parents que, selon la conjoncture, on dorlote ou on méprise, on embobine ou on caresse dans le sens du poil !

Je l’entends encore, notre ministre, à la journée des présidents de septembre 2005, évoquer les partenaires individuels et institutionnels que nous sommes, les premiers éducateurs, interlocuteurs privilégiés et permanents des enseignants, pleinement membres de la communauté éducative, tout ceci devant être légitimement inscrit dans un texte réglementaire qui serait un socle de référence.

Nous avons entamé des discussions avec le cabinet du ministre.

Nous avons fait part de nos attentes.

Nous avons posé comme préalable un calendrier qui rende ce texte applicable dès la prochaine rentrée scolaire, donc diffusé fin juin au pire dans tous les établissements scolaires.

Il était donc nécessaire que ce texte passe au Conseil supérieur de l’éducation en mars.

Nous attendons toujours : selon nos dernières informations, il passerait au CSE du 22 juin prochain...

Je le dis clairement : à ce jour, nous considérons que le Ministre n’a pas tenu ses engagements !

Le texte éventuel ne sera pas dans les établissements avant la fin de la présente année scolaire, il passera donc totalement inaperçu à la prochaine rentrée.
- à ce jour, nous ignorons toujours quel est le contenu exact de ce projet de décret : le 1er contact avec le cabinet datedu 28 août 2005. Voilàdoncprèsde10 mois que l’on nous balade sans que nous ayons vu l’ombre d’un projet.
- le cabinet du ministre a pris largement son temps pour consulter... les organisations syndicales !

Oui, vous avez bien compris !

Non pas qu’il soit scandaleux que celles-ci soientinformées, ou qu’on recueille leur avis.

Mais arguer de ces consultations pour justifier de tout ce temps perdu, c’est de la provocation.

La FCPE n’a pas été consultée sur le « statut » des directeurs d’école : d’ailleurs, elle ne le demandait pas, même si elle s’y intéresse de très près !

Alors qu’on laisse les fédérations représentatives de parents d’élèves négocier un projet de texte qui les concerne directement.

Il faut savoir ce que l’on veut.

Notre place au sein de la communauté éducative est légitime, au sens propre du terme : qu’on nous donne les moyens, tous les moyens, de la tenir pleinement.

Les premiers intéressés par ce texte, c’est nous !
Les seuls interlocuteurs concernés par la négociation sur les contenus de ce projet, c’est nous !

Tout cela ne manque pas de piquants à la manière du sakkaï dédé !

Ou alors, il nous faudra bien nous poser la question de savoir si le ministre cherche, par des moyens ’ détournés, à remettre en cause notre légitimité, notre représentativité, en prêtant une oreille complaisante, dans d’autres milieux, à des réticences ou à des oppositions.

On entend dire, pour ne citer qu’un exemple, que le principe de distribution des documents par les associations de parents d’élèves sans contrôle préalable « chatouillerait » quelques uns.

Alors là, soyons extrêmement clairs : si ce droit, qui n’est pas contesté aux organisations syndicales, était remis en cause, notre réaction serait immédiate !

Il nous a fallu beaucoup de ténacité pour obtenir des ministères Allègre-Royal la circulaire de mai 2001 sur l’intervention des associations de parents d’élèves dans les établissements scolaires.

Depuis 5 ans, rien.

Depuis 5 ans, pas un ministre qui accepte de reprendre dans un texte réglementaire les dispositions d’une circulaire qui, parce qu’elle est juridiquement fragile, n’a cessé d’être ignorée, attaquée, interprétée, et trop souvent bafouée.

Ce congrès l’affirme avec force : la FCPE, sur ce sujet qui touche à l’expression organisée des parents d’élèves, reste tout entière mobilisée !

Voila donc, au terme de ce premier bilan, une analyse en creux des grands objectifs qui vont sans doute nous mobiliser pour les années à venir car, malheureusement, ils ne sont pas nouveaux et sont devenus des mandats permanents.

Je vous le disais en ouverture de cette intervention, je crois qu’il y a bien longtemps que nous n’avons connu pire année que cette année-là, marquée comme jamais par une politique éducative réactionnaire, élitiste, j’allais dire aristocratique, qui exclut, qui purge, qui épure, qui écarte, qui stigmatise.

Nous sommes aux creux de la vague conservatrice : mais le bateau FCPE tient bien la mer, et l’équipage est expérimenté, courageux, et solidaire. Il a déjà traversé bien des tempêtes.

De tout temps, la vieille garde conservatrice qui veut que rien ne bouge et qui s’accroche à ses pouvoirs et à ses privilèges s’est attaquée à la jeunesse.

J’en veux pour preuve une des citations que nous a envoyée notre ami Gérard DOZ, et que je vous livre :

« Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible ».

Cette pensée profonde est d’Hésiode, poète grec, en 720 avant J-C.

A la FCPE, notre optimisme reste entier, offensif, et partie intégrale de notre engagement. Comme la femme est l’avenir de l’homme, la jeunesse est l’avenir du monde. Merci, et bon congrès à toutes et à tous.

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