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Illettrisme : les chiffres

Trois-quarts des illettrés ne parlent que français ? la maison

jeudi 21 juin 2007, par FCPE 34

9% de la population âgée de 18 ? 65 ans vivant en France métropolitaine et ayant été scolarisée en France sont en situation d’illettrisme.


Combien de personnes sont confrontées à l’illettrisme dans notre pays ? Quel est leur âge ? Où vivent-elles ? Que font-elles ? Autant de questions auxquelles il faut apporter des réponses si l’on veut pouvoir conduire et organiser une politique de prévention et de lutte contre l’illettrisme adaptée aux besoins.

Mais pour y répondre il faut d’abord être au clair sur ce que recouvre exactement le mot « illettrisme », disposer de définitions simples pour que chacun s’y retrouve et pour éviter les confusions.

Mettons-nous donc d’accord sur les mots

C’est une chose que d’arriver dans un pays dont on ne parle pas la langue, et de devoir l’apprendre : c’est le cas des immigrés qui en France doivent apprendre le Français qui est pour eux une langue étrangère.

C’est une chose que de n’avoir jamais été scolarisé, d’être analphabète, comme le sont beaucoup d’hommes et surtout de femmes dans les pays où la scolarité n’est pas obligatoire.

Mais c’est vivre une toute autre situation que de se trouver, alors que l’on a été scolarisé en France, dans l’incapacité de faire un chèque, de lire un panneau indicateur, de retirer seul de l’argent d’un distributeur automatique, de lire des consignes de sécurité, d’écrire une liste de courses, de lire le bulletin scolaire de son enfant... C’est vivre une situation très difficile, que l’on cherche le plus souvent à cacher de peur d’être stigmatisé, que de ne pas maîtriser la base de la base, la lecture, l’écriture, le calcul, les compétences de base indispensables pour être autonome dans les situations simples de la vie courante : c’est cela être confronté à l’illettrisme.

Cette situation il fallait la nommer, ce qu’a fait Joseph Wresinski fondateur d’ATD Quart Monde avec le mot « illettrisme ».

Un mot que l’on voudrait voir disparaître, un mot qui fait réagir, mais un mot qui doit surtout inviter à agir de manière cohérente et efficace en faisant porter les efforts là où il le faut vraiment si nous voulons que ce phénomène régresse dans notre pays.

Pour apporter aux décideurs les éclairages nécessaires, l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI) s’est attachée à clarifier, stabiliser et faire partager des définitions simples, des indicateurs de mesure, utilisables dans une enquête de grande ampleur pour qu’enfin on dispose de chiffres au-delà des enquêtes simplement déclaratives.

Pour la première fois, en 2004-2005, une enquête portant sur la population âgée de 18 à 65 ans a été réalisée en France métropolitaine auprès d’un échantillon de plus de 10 000 personnes.

L’introduction du module (dit module ANLCI) de mesure de l’illettrisme dans l’enquête Information et Vie Quotidienne (IVQ) 2004-2005 réalisée par l’INSEE, l’exploitation de cette enquête par l’ANLCI nous permettent pour la première fois de disposer de données précises sur l’illettrisme en France et de mieux cerner cette réalité complexe.

Au-delà du chiffre global impressionnant, 3 100 000 personnes en situation d’illettrisme, soit 9% de la population âgée de 18 à 65 ans vivant en France métropolitaine et ayant été scolarisée en France, nous nous sommes attachés à exploiter plus finement les résultats pour mieux connaître les personnes concernées et faire reculer un certain nombre d’idées reçues. Ce sont les résultats de ce travail réalisé par l’ANLCI que nous vous proposons ici. C’est la première fois que nous disposons en France de tels éléments d’information.

Pour compléter cette connaissance de l’illettrisme en France, nous présentons également à la fin de ce document les chiffres concernant les jeunes Français âgés de 17 ans qui, lors de la Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD) organisée par le ministère de la Défense en collaboration avec le Ministère de l’Education Nationale, se voient proposer des tests permettant de repérer chez un certain nombre d’entre eux des situations d’illettrisme.

La démultiplication de l’enquête IVQ s’engage au niveau régional, en métropole et Outre-mer. Les données chiffrées existent. C’est à leur diffusion la plus large possible qu’il faut s’attacher pour qu’une action commune d’envergure permette de faire reculer l’illettrisme. L’ANLCI appelle enfin à ce que les indicateurs de mesure utilisés dans cette enquête en 2004-2005 soient pérennisés, pour que, à l’horizon 2010, on puisse avec les mêmes outils conduire à nouveau une enquête de même nature qui permettra, pour la première fois, de mesurer de manière fiable l’évolution de l’illettrisme dans notre pays.

Marie-Thérèse GEFFROY
Directrice de l’ANLCI

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