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Clôture du congrès national de la FCPE par Georges Dupon-Lahitte, président de la FCPE

Communiqué de presse de la FCPE du 31 mai 2004

mardi 1er juin 2004, par FCPE 34


Georges Dupon-Lahitte a clôturé le 58ème congrès national de la FCPE en ces termes "Nous savons déjà que le gouvernement a l’intention de supprimer encore des milliers de postes, et de poursuivre ainsi sa politique de démantèlement du service public. Nous disons fermement aujourd’hui que nous ne laisserons pas faire et que dès la rentrée, nous engagerons notre force militante dans la préparation d’une riposte unitaire d’envergure. Il faudra bien que ce gouvernement entende la voix du pays."


Cher(e)s ami(e)s, chers parents, cher(e)s camarades,

Les congrès de la FCPE sont les bilans et les perspectives d’une réflexion permanente que nous menons pour la promotion et l’amélioration du service public d’éducation.

Nous définissons à cette occasion, les orientations à prendre, les directions à infléchir, les thèmes de réflexion à approfondir.

Nous réaffirmons les principes que nous jugeons incontournables.

Le congrès de Nantes constitue, à cet égard, une nouvelle étape de notre travail militant.

Sans remonter trop loin en arrière, souvenez-vous de notre colloque de novembre 2002 « Quels enseignements, pour quels savoirs, pour quel citoyen et quelle société ? », où nous pointions « le risque d’immobilisme , le conservatisme dont peuvent être porteurs les programmes, ou du moins la vision que certains en ont », risque qui nous faisait obligation « ...de nous interroger sur le rapport qui existe entre enseignement scolaire, contenus scolaires et savoirs en train de se construire »...

Nous posions alors la question suivante à nos intervenants :

« Dans quelle mesure l’école intègre-t-elle les acquis nouveaux sans tomber dans l’empilement ou l’encyclopédisme ? ».

Rappelez-vous notre journée d’octobre 2003, qui, interrogeant la scolarité obligatoire, préparait déjà notre congrès de Nantes : « Quels enjeux ? Quels objectifs ? Quelle continuité ? Quelle cohérence ? ».

Après une réflexion plus globale sur les savoirs, nous voulions reposer la question du socle commun, « qui rassemble normalement tous les enfants du pays et qui constitue la scolarité obligatoire ».

Une scolarité obligatoire qui, rassemblant tous les jeunes, développe ainsi cette dimension fondamentale du « vivre ensemble », laquelle fait de l’école le véritable creuset de l’intégration républicaine ».

Il était donc logique que le congrès 2004 tente de répondre à cette épineuse, mais incontournable interrogation : « Quels savoirs et quelles compétences faire acquérir à tous les jeunes durant la scolarité obligatoire ? ».

Je voudrais profiter de ce rapide rappel de la genèse de notre réflexion pour dire avec force et solennité, mais aussi avec fierté, que nous n’en serions pas là, que notre fédération ne serait pas si écoutée, si redoutée parfois, si elle n’avait pas acquis et consolidé au cours du temps ce qui fait sa force et son originalité.
A cet égard, les propos de Jean CORNEC et de Clément DURAND résonnent encore à nos oreilles : nous avons construit, et nous renforçons, les uns et les autres, une organisation qui n’a qu’un objet, les enfants et les jeunes,
- qui n’a qu’une préoccupation, la justice sociale pour la réussite de tous.
Oui, il faut que les parents citoyens s’emparent des problèmes de l’école.
A défaut, c’est l’Ecole qui perd pied.
Une Ecole qui se replie sur elle-même, qui devient sourde aux attentes de la société ou qui refuse de les entendre.
Une Ecole qui protège ses initiés et néglige le plus grand nombre.

Cette situation, la FCPE ne l’a jamais acceptée : c’est ce qui fait sa raison de vivre et de lutter.
A cette situation, la FCPE ne s’est jamais résignée : c’est sa fidélité aux principes qui la fondent.

Mais il en fallait plus encore pour que notre fédération ait aujourd’hui la place qu’elle mérite dans le paysage éducatif.

Il fallait qu’elle soit elle-même, qu’elle se déleste d’une tutelle tentée d’en faire un simple relais ou une modeste courroie de transmission.

La FCPE a conquis son autonomie de pensée et de parole, son indépendance de contestation, de propositions et d’action.

Elle refuse de soutenir car elle décide par elle-même. Mais elle s’unit sans rechigner quand elle partage l’enjeu du combat commun.

Il fallait enfin qu’elle soit crédible, afin que ses valeurs proclamées ne se réduisent pas à des slogans stériles et démobilisateurs.

Cà, c’est le résultat de notre travail à tous, du travail quotidien sur le terrain qui fait, qu’à ce jour, la représentativité incontestable de la FCPE va bien au-delà du nombre de ses adhérents :

- Quand nous luttons pied à pied dans les conseils de classe pour que le travail des élèves soit traité dignement, pour que ceux-ci soient aidés et entourés dans leurs choix d’orientation ;

- Quand nous rappelons au respect des textes pour permettre l’intégration d’un jeune handicapé en milieu scolaire ;

- Quand nous informons, aidons et accompagnons des familles en désarroi afin qu’elles puissent s’y retrouver dans le fonctionnement de l’école et le suivi de la scolarité de leur enfant ;

- Quand nous alertons sur les dysfonctionnements d’un conseil de discipline qui a sanctionné injustement un élève ;

- Quand nous défendons la gratuité des activités d’enseignement pour que des familles n’en soient pas réduites à quémander des aides, au mépris de leur propre dignité.

Alors, nous faisons vivre les valeurs de la FCPE, nous les incarnons dans notre action quotidienne, nous montrons et nous mettons en action ce qui a de la valeur, ce qui vaut d’être vécu et partagé entre citoyens, entre individus : solidarité, égalité, justice, laïcité, respect.

Oui, notre pays a besoin d’un mouvement citoyen de parents d’élèves forts.
Oui, notre école publique a besoin de parents citoyens libres de parole et d’appréciation.
Oui, les parents d’élèves ont besoin d’une organisation qui rompe leur isolement et les rende plus confiants et déterminés dans l’accomplissement de l’action collective.
Oui, l’union de nos énergies fait la force de notre organisation.
Oui, nous sommes persuadés que l’école, pour évoluer, pour se transformer, à besoin du regard à la fois distancié et engagé des parents d’élèves citoyens.
Elle a besoin de ce regard extérieur, mais impliqué, pour se garantir du nombrilisme, du « quant à soi », pour éviter que les problèmes ne se règlent en vase clos, entre héritiers, entre compères qui s’approprieraient l’école.

Or l’Ecole, payée par la Nation, institution de la nation, est l’école de toute la nation, et c’est à la nation qu’elle doit rendre des comptes.

Le Ministre de l’Education nationale a-t-il perçu ce message ?

Gardons-nous de tout pronostic, et restons en alerte.

Nous saurons bien à l’occasion lui rappeler les propos encourageants qu’il a tenus dans son message à notre congrès.
Je cite : « ... je sais que vous êtes particulièrement attachés à la participation effective, pleine et entière des parents au fonctionnement de l’école.
Comme vous, je suis convaincu qu’elle est un gage de réussite pour les élèves ... »

Et il souligne plus haut que « ...c’est par un dialogue permanent avec les maîtres ... que la famille accompagne l’enfant dans sa scolarité ».

Banco !

Encore faut-il s’entendre sur le sens du mot « dialogue ».

S’il s’agit d’une aimable conversation où l’un des interlocuteurs impose d’entrée l’issue du dialogue, alors c’est non !

(L’exemple le plus criant de cette parodie de dialogue, c’est celui décrit dans la circulaire d’application de la loi sur le voile islamique entre élève et chef d’établissement).

Si, en revanche, chaque protagoniste du dialogue admet comme hypothèse de départ que sa position initiale peut évoluer au contact des idées et des arguments d’autrui, alors tout est possible et il y a matière à une véritable concertation.

Pour dialoguer, il n’est donc pas suffisant de parler la même langue.
Il faut reconnaître ses interlocuteurs comme des interlocuteurs valables.
Il faut écouter, et non imposer.
Il faut contester, mais aussi proposer.

La capacité à proposer, c’est cela aussi qui fonde la crédibilité de la FCPE.

C’est-à-dire sa capacité à nous former, à nous organiser pour construire, pour être force d’analyse et de propositions, partout où nos existons, partout où nous intervenons, de l’établissement scolaire au ministère.

C’est pourquoi notre réflexion d’ensemble sur la transformation du système éducatif, en continuité avec notre projet éducatif, n’est pas un simple exercice intellectuel.

La qualité et la pertinence de nos analyses, c’est notre image de marque qui invite certains de nos interlocuteurs à moins de mépris, à moins de dédain, à moins d’arrogance et de suffisance.

Mais au-delà, en engageant notre parole de parent et de citoyen, nous engageons aussi l’avenir de la jeunesse.

Ainsi, le thème de travail que nous nous sommes donnés à ce congrès n’était pas de tout repos.

S’agit-il - comme le disait samedi Claude LELIEVRE - d’un moment « historique » ?

C’est en tout cas un défi.

Celui que lance une organisation de parents d’élèves, de « non experts », qui s’engage au cœur de l’acte éducatif, au cœur du fonctionnement de l’école, puisqu’il faut bien qu’un jour quelqu’un se décide à tenter de définir plus précisément de quoi l’on parle exactement lorsqu’on veut mettre un contenu dans ce que beaucoup appellent un socle commun de connaissances, de compétences et de comportement.

Il faut bien qu’un jour, quelqu’un mette les mains dans le cambouis pour façonner les pièces, qui feront tourner le moteur !

Nous n’avons pas dit que nous y arriverions tout de suite.

Nous n’avons pas dit que nous y arriverions tout seuls.

Mais au moins avons-nous initié le processus, et nous savons qu’autour de nous, des énergies sont mobilisées pour aller, pas à pas, mais résolument, plus au fond.

Nous pourrions, par exemple - mais ce n’est qu’une proposition - consacrer nos prochaines journées à l’enseignement de la technologie au collège, dont Philippe JOUTARD nous a montré que cet enseignement, en intégrant de multiples contraintes, contraintes techniques, économiques, culturelles, de sécurité et d’environnement, apporte des compétences, des comportements et un ensemble de connaissances spécifiques (vous avez pu lire le document qui se trouvait dans votre mallette).

Quel bel exemple d’un enseignement, trop souvent méprisé et méconnu comme le dit Philippe JOUTARD, qui, refusant de se limiter à la seule intelligence conceptuelle, s’ouvre, dans la transversalité, à l’articulation permanente entre conception et réalisation, en couvrant en même temps tous les champs éducatifs : savoir, savoir-faire et savoir-être !

Il faudra que nous y réfléchissions ensemble.

Je pense aussi qu’il faudra que nous consacrions une séance de travail à la santé : le congrès, je crois, a été sensible à ce qui a été dit concernant les problèmes de toxicomanie, d’éducation à la santé et de prévention. En tout cas, les propos qui ont été tenus sur ce sujet ont bien montré comment la puissance médiatique pouvait facilement occulter des problèmes de fond.

En attendant, il faudra aussi se refaire des forces pour la rentrée. Sans doute devrons-nous batailler pied à pied pour conserver des positions chèrement acquises, pour éviter de s’enfoncer plus encore dans un cycle de régression.

Car nous voulons, plus que jamais, un pays tourné vers l’avenir, un pays attentif à son école, parce qu’il a confiance en sa jeunesse.

C’est bien le sens du vote que vous venez d’émettre, en affirmant fortement, « pour l’école publique, des principes non négociables. » Nous nous donnons ainsi, pour cette année et celles qui suivent, un carnet de route qui nous rassemble, qui nous permet de garder la bonne direction, qui nous fixe le cadre précis et solide de notre action :
Une école laïque et gratuite, dotée par la nation d’un projet éducatif ambitieux et volontariste auquel elle attribue les moyens de sa mise en œuvre.

Un système éducatif dont l’enfant et le jeune sont au centre, et qui fait des parents, par la coéducation, des membres permanents de la communauté éducative.

Un état républicain garant de l’égalité sur l’ensemble du territoire en termes de présence de l’école publique, de financement, et d’offre éducative que l’école utilise pour réduire les inégalités et mettre à la disposition de chacun les moyens de résoudre et dépasser ses propres difficultés.

Cette détermination, ces exigences, ce positionnement que nous venons à nouveau de proclamer doivent bien évidemment être largement diffusés, popularisés.
Autour et à partir de cette parole ferme, il nous faut, et nous pouvons, rassembler, mobiliser.
Au cours de ce congrès, certains d’entre vous ont demandé, mis en avant la nécessité d’action, campagne en direction de tous les parents pour les inciter à venir nous rejoindre, à se rassembler autour des valeurs, des principes que nous défendons et promouvons.
A cet effet, je vous propose que nous fassions de cette déclaration un document à distribuer aux parents à la prochaine rentrée.
La fédération réalisera et fera imprimer ce document qui ensuite vous parviendra pour la prochaine rentrée scolaire.

Si l’avenir est menaçant, notre horizon, lui en tout cas, est net !

Nos aînés nous ont laissé un héritage : celui de la détermination, de l’obstination, vers l’accomplissement d’un choix de politique éducative, et non d’un choix partisan.

Choix qui s’appuie sur des objectifs que nous nous sommes fixés en toute indépendance, et non sur des orientations que nous serions aller chercher en dehors de nos rangs.

Notre ambition ne se réduit pas à ce que quelques élèves de condition modeste « mais méritants » accèdent, en compagnie de leurs congénères bien nés, aux plus hautes fonctions de l’Etat, tandis que la grande masse serait condamnée à exercer un métier qu’elle n’a pas choisi, un métier mal payé, déconsidéré aux yeux du pays par un patronat cynique qui exploite et qui jette ... après emploi !

Nous voulons des jeunes qui fassent le choix de leur profession, dont ils puissent atteindre le plus haut niveau de qualification, par la formation initiale et la formation tout au long de la vie.

Nous voulons que notre système éducatif contribue à abolir cette profonde injustice, suivant laquelle les métiers sont artificiellement hiérarchisés selon les critères de la considération sociale dominante et du niveau de rémunération.

Cher(e)s ami(e)s, chers parents, cher(e)s camarades, comme un message d’espoir et un cap à maintenir pour l’avenir, je vous propose de conclure par ces paroles fortes de Paul LANGEVIN et Louis WALLON : « La conception démocratique de l’enseignement qui envisage une élévation totale de la nation, quelle que soit la situation occupée, ou plutôt quel que soit le travail et quelles que soient les fonctions qu’auront à accomplir tous les individus de la société, exige que, selon ces aptitudes naturelles, chacun ait accès à la culture la plus élevée »...

Nous savons les uns et les autres, que la rentrée sera difficile, que des classes seront supprimées, que la scolarisation dès deux ans sera sacrifiée, que des options ne seront plus enseignées, que les remplacements seront de moins en moins assurés, et que les crédits pédagogiques seront encore réduits...

Partout où c’est nécessaire, nous devons poursuivre la mobilisation que les parents ont déjà engagée depuis plusieurs mois, faire pression sur les parlementaires, les élus locaux, montrer par tous les moyens que nous ne laisserons pas brader l’Ecole publique.

Le budget 2005 ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices.

Nous savons déjà que le gouvernement a l’intention de supprimer encore des milliers de postes, et de poursuivre ainsi sa politique de démantèlement du service public.

Nous disons fermement aujourd’hui que nous ne laisserons pas faire et que dès la rentrée, nous engagerons notre force militante dans la préparation d’une riposte unitaire d’envergure.

Il faudra bien que ce gouvernement entende la voix du pays.

Chers parents, cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades, Rassemblons nos propres forces et amplifions la mobilisation !

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