Parmi les signataires : la FCPE
mercredi 30 août 2006, par
Le ministre de l’Education Nationale a jugé bon d’ouvrir une polémique sur l’apprentissage de la lecture à l’école en se situant sur le débat des méthodes. Ce débat est dépassé. C’est ce que montrent les résultats de l’école, les travaux des chercheurs et l’expérience des enseignants.
Méthodes syllabique, globale ou mixte ont laissé place à de nouvelles pratiques forgées progressivement au cours des trente dernières années. Ces approches sont cohérentes avec les résultats des recherches scientifiques récentes. Elles mettent en oeuvre simultanément la maîtrise du code et la compréhension.
Elles sont conformes aux programmes de 2002. Aujourd’hui, en France, les jeunes n’éprouvent pas plus de difficultés que leurs aînés, bien au contraire : si l’INSEE dénombre 4% d’illettrés chez les 18-24 ans (ce qui est encore trop) elle en compte 14% chez les 40-54 ans et jusqu’à 19% chez les 55-65 ans. Les comparaisons internationales montrent que la France obtient des résultats similaires à ceux des pays voisins européens. Il n’y a donc pas de recul ou de baisse du niveau.Pour autant, chacun s’accorde à considérer qu’il est aujourd’hui insupportable de ne pas maîtriser suffisamment l’écrit pour devenir un adulte, s’intégrer socialement, accéder à un emploi.
L’école doit donc chercher à faire réussir tous les élèves. À partir des programmes, de leur formation professionnelle, de leur expérience, les enseignants s’y emploient.
Les déclarations ministérielles ont pu jeter le trouble dans l’opinion. Or, c’est d’une information et d’un dialogue qui permettent de construire un climat de confiance entre les familles et l’école pour favoriser les apprentissages dont nous avons besoin. C’est le but de ce document. Bonne lecture.
Les organisations signataires :
AGEEM (Association Générale des enseignants des Ecoles Maternelles publiques) ; AIRDF (Association Internationale pour la recherche en didactique du français) ; CRAP (Cahiers Pédagogiques) ; ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) ; FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) ; GFEN (Groupe Français pour l’Education Nouvelle) ; LIGUE de l’ ENSEIGNEMENT ; SNUipp-FSU (Syndicat National Unitaire des Instituteurs et Professeurs des Ecoles) ; SE-UNSA (Syndicat des Enseignants) ; SGEN-CFDT (Syndicat Général de l’Education Nationale) ; AFEF (Association française des enseignants de français) ; SI-EN-UNSA (Syndicat des inspecteurs de l’Education Nationale) ; SNPIEN-FSU (Syndicat des personnels d’inspection de l’Education Nationale)
Editorial : La lecture, un cheval de retour
"C’est la première année où tous les élèves de CP pourront apprendre à lire avec les méthodes les plus efficaces" prédisait le 24 août, devant les recteurs, Gilles de Robien. Le 28 août, sur RTL, il affirmait l’abandon des méthodes globales et semi-globales dès la rentrée, préconisant donc la seule méthode syllabique.
Alors une méthode ? Plusieurs méthodes ? En réalité les programmes de 2002 modifiés par Robien en mars 2006 gardent un flou certain. Et ce n’est pas par hasard. Contrairement à ce que laisse entendre le ministre, la méthode syllabique n’est pas soutenue par les chercheurs. Et si les enseignants pratiquent des approches différentes c’est qu’ils s’adaptent à des élèves et des difficultés différents.
C’est ce que 13 associations professionnelles et pédagogiques (l’Agiem, l’Airdf, l’Icem, la Fcpe, le Gfen, la Ligue de l’enseignement, le Snuipp Fsu, le Se-Unsa, le Sgen Cfdt, l’Afef, le Si-En-Unsa et le Snpien-Fsu) regroupant des enseignants du primaire, des parents, des professeurs de français du secondaire et des inspecteurs de l’éducation nationale, ont voulu rappeler dans une brochure qui sera largement diffusée aux parents à la rentrée.
Sous le titre "Apprendre à lire, pas si simple !", elle rappelle la complexité de l’apprentissage. " En français, si l’on veut écrire ba, il faut utiliser un b et un a. Mais ça ne marche pas à tous les coups pour la lecture. Ainsi, on lit ba dans balai, dans banane, dans là-bas, dans bâiller... mais on ne lit pas ba dans baignoire, dans bain, dans baudruche. Enfin, les syllabes ça n’aide pas à lire fille et ville ! Ça n’aide pas non plus à lire des expressions comme ils marchent, le vent, il tient... qui pourtant « se terminent pareil »". Lire c’est chercher à comprendre et non seulement ânonner des syllabes. Sur ce terrain-là, l’école française fait mieux que l’école d’antan et aussi bien que celles des pays voisins.
Comme le ministre, la brochure appelle donc les parents à l’aide. " La qualité des relations familles-école, le fait que parents et enseignants avancent ensemble, tout cela sécurise l’enfant et lui donne confiance. Et puis aussi en s’intéressant à ses activités scolaires ; même si les parents ne lisent pas le français, le fait qu’ils suivent régulièrement ses progrès en lecture, qu’ils l’écoutent lire un court moment et qu’ils en parlent avec lui, constituent des « rituels » quotidiens qui constituent pour l’enfant un puissant ressort dans ses apprentissages".
C’est rappeler la dimension sociale de l’apprentissage de la lecture. Le premier critère qui conditionne sa réussite n’est pas la méthode utilisée mais la place que tiennent le livre et la culture écrite dans la famille. C’est ce qu’illustre la variation historique du taux d’illettrisme entre familles populaires et bourgeoises.
En déplaçant le débat du champ social sur le terrain scientifique, Gilles de Robien suit la même politique que pour l’enseignement prioritaire. En niant la dimension territoriale des zep et en défendant une remédiation personnalisée, il conteste les inégalités sociales et personnalise l’échec.
En ce sens, le débat sur la lecture est tout sauf savant ou technique. Il participe du conflit politique traditionnel.
Source : Le Café Pédagogique